Documentaire à voir absolument. L’association Les Éveillés, qui organise toute l’année des soirées électroniques caritatives afin de venir en aide aux exilés, a sorti son premier documentaire : L’Éveil, Noctambules engagé·e·s pour les exilé·e·s. Rencontre avec Océane et Igor sur ce projet passionnant. 

Depuis 2017, l’association Les Éveillés s’est donnée pour mission d’organiser des soirées où l’intégralité des bénéfices est reversée aux associations qui viennent en aide aux exilés. Lors de ces « veillées » solidaires et militantes, de nombreux artistes comme JacquesJeff Mills ou encore Polo & Pan acceptent de se produire bénévolement et de renoncer à leurs cachets. C’est ainsi près de 90 000€ qui ont été récoltés pour l’association grâce à l’organisation de plus de 30 soirées dans les clubs et salles parisiennes, dont le Rex Club, la Gaîté Lyrique, le Badaboum ou encore La Station – Gare des Mines

Afin de cristalliser le projet, Les Éveillés ont réalisé pendant trois ans un documentaire passionnant de 52 minutes mettant en lumière le travail de toutes les personnes qui ont œuvré et œuvrent encore pour l’association. Océane, sa fondatrice, s’est associée à Igor, réalisateur, pour faire « une sorte de bilan » de ce travail de groupe porté par les artistes, les salles et leurs partenaires.

« Ça nous a évidemment aussi permis de mettre en avant les différents problèmes que rencontre les exilés, comment les associations qu’on soutient travaillent, quelles sont les actions menées. On a voulu montrer tout ça dans le film mais en gardant toujours cet équilibre entre la légèreté des événements et la dure réalité de la situation des exilés.« , explique Océane. « C’est aussi un outil qui nous permet de montrer aux agents, artistes, salles… et toutes les personnes avec qui on a envie de travailler ce que nous avons déjà fait et les convaincre de travailler avec nous. »

Vous vous êtes spécialisés dans l’organisation d’événements autour des musiques électroniques. Pourquoi ?

Océane : J’ai grandi avec cette musique. Depuis très jeune, mes frères et soeurs m’ont amené dans cet univers, j’ai toujours écouté beaucoup beaucoup de musique électronique. Je sortais énormément au Rex puis à Concrète lorsqu’elle est arrivée. 

De pouvoir booker gratuitement mes idoles de jeunesse comme Murcof, Manu le malin, Monolake ou Jeff Mills c’est absolument génial. Je me retrouve à côté d’eux pour un combat commun qui me tient énormément à coeur, j’en ressors à chaque fois encore plus fan. C’est ma récompense du bénévolat, passer un après-midi à faire les balances de Murcof dans une salle vide, le rencontrer puis le voir jouer en live car lui aussi veut soutenir les réfugiés, c’est incroyable pour moi. 

On est aussi très axés musique électronique car le directeur artistique de l’association, Axel, je l’ai rencontré lorsque j’ai voulu booker Zadig. Il a commencé à m’aider de temps en temps, il avait une agence (No shelter Booking) et deux labels (Construct re-form et Maze) puis il est finalement devenu le DA. Donc à nous deux c’est sûr qu’on ne va jamais vraiment vers de la pop ou du rock même si on en a envie parfois.

On voit parfois Les Éveillés comme un jeu tous les deux : qui arrivera à booker le meilleur artiste bénévolement et qui arrivera à sortir le plus beau plateau en convaincant les artistes et leurs agents. 

Comment s’est construit ce projet de documentaire ? 

Igor : C’est Océane qui a sollicité mes compétences pour réaliser ce projet qui devait retracer l’histoire de l’association depuis ses débuts. Présent dans l’association depuis la première veillée et étant déjà habitué à travailler le documentaire, j’ai rapidement commencé à réfléchir à la manière la plus intéressante de raconter l’histoire des Eveillés. 

Depuis sa création, l’association tente de rassembler deux notions profondément opposées : la fête et la réalité de l’exil. Il était donc impossible de traiter une thématique sans l’autre tout en trouvant la justesse qui convient quand on parle des conditions de l’exil aujourd’hui dans nos sociétés.

Il a fallut trouver le bon équilibre en donnant la parole à l’ensemble des acteurs connectés au projet mais aussi récupérer des séquences à même d’illustrer au mieux les deux thématiques. Pour les plans de fête cela n’a pas posé de problème. En effet, la quasi totalité des plans ont été réalisés par une équipe de réalisateurs/chef opérateur dont je fais parti qui sont associés au projet depuis le départ. Je disposais donc d’un stock d’images conséquent pour illustrer le monde de la nuit.

Pour illustrer la période dans campements de 2015/2016, j’ai pu compter sur les images de Karine Morales, elle-même réalisatrice qui a suivi toute la genèse du mouvement de citoyens militants que l’on voit dans le film. 
L’implication de personnages importants de la musique électronique comme Jeff Mills ou Manu le Malin dans le projet ont, je pense, donné encore d’avantage de crédit à notre projet.

L’idée du documentaire, c’est parce que l’impact de l’image est-il plus important que celui de l’écrit ?

Igor : Je serais incapable d’établir une réponse générale à cette question car je pense qu’on a tous un rapport particulier à l’image et à l’écrit. 

Mais on est obligé de constater que l’essor considérable des images animées dans nos vies a un impact important sur notre perception du monde comme rarement un autre médium a pu le faire. Voilà pourquoi je crois au potentiel de ce moyen d’expression.

Il m’est apparu aussi important de donner du temps aux militants qui agissent sur le terrain pour qu’ils expriment leur propre expression du réel.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour monter le documentaire dans son ensemble ? 

Igor : Il faut savoir que ce documentaire est entièrement réalisé bénévolement, ce qui a donc rendu sa production particulière. J’ai pu bosser sur ce projet pendant mes moments de baisse de boulot, ce qui a ralentit sa fabrication. Il m’a fallu plus d’un an pour le finaliser. Et j’ai pu compter sur l’aide généreuse de plusieurs bénévoles qui ont pu ajouter leur compétence au projet.

Retrouvez le documentaire en intégralité ci-dessous, et toutes les informations sur le site internet des Eveillés