Dj Seinfeld fait partie de ces producteurs à qui l’ont a donné l’étiquette “house lofi”, un style identifiable par ses mélodies acid, des nappes aériennes, des kicks saturés et le son des boites à rythmes des années 90.

Ces dernières années, Lobster Theremin, le label britannique géré par Jimmy Asquith, a été une référence pour les amateurs du style. Avec des artistes comme Route 8, Palms Trax ou Nthng, il a su se construire une solide fanbase. Début décembre 2016, c’était au tour de Dj Seinfeld de faire ses débuts sur le label au homard, collaborant pour l’occasion avec Meda Fury jusqu’à ce que deux mois plus tard, tous les disquaires en ligne soient en rupture de stock. Résultat, un repress est déjà en route et devrait sortir dans très peu de temps.

Le phénomène étant de passage à Paris ce samedi pour jouer au Nouveau Casino, on en a profité pour lui poser quelques questions sur sa musique, ses projets et la scène lo-fi actuelle.

Salut Armand, merci de nous accorder du temps pour cette interview ! C’est difficile de tomber sur des articles qui parlent du « mouvement lo-fi », comme on lit souvent, sans voir ton nom apparaitre. Quand as-tu commencé à produire ce style de musique et quelles ont été tes inspirations ?

J’ai écouté ce style de musique pendant 10 ans environ, mais je n’ai jamais pensé à le nommer « lofi ». Dans mon esprit, c’était juste de la house et de la techno qui pouvaient adopter différentes formes et se réinventer ici et là. J’ai commencé à produire il y a environ 5 ans, et ça serait difficile de désigner un artiste ou un morceau qui m’a inspiré. Je dirais plutôt que ce sont des scènes, des sonorités, souvent associées à des villes en particulier comme Chicago, Detroit, La Hague, Birmingham, etc… qui m’ont inspiré.

Tu viens d’une famille de musiciens, ton père et ta sœur sont chanteurs d’opéra et ta mère est violoncelliste. Quelle a été leur réaction quand tu leur as fait écouter de la house saturée ?

La première fois que je leur ai fait écouter ma musique, mon frère m’a sorti une vanne en faisant allusion à la nature répétitive du truc, du genre : « Je crois que le CD est coincé ». Maintenant ils disent qu’ils aiment bien, je suppose que c’est en partie parce que ces derniers temps j’ai utilisé beaucoup plus d’éléments mélodiques dans ma musique. Ou peut-être que ça fait juste partie des trucs que les parents disent à leurs enfants (rires)… je ne sais pas, mais ils sont à fond derrière moi en tous cas.

La lo-fi house et techno existe déjà depuis longtemps, avec des labels américains comme L.I.E.S. ou des artistes comme Greg Beato et Legowelt par exemple. Comment expliquerais-tu l’engouement récent pour de ce genre musical ?

Je ne sais pas vraiment. Pour moi cette musique en elle-même est très similaire à ce qui a déjà été fait avant, à part quelques rares exemples remarquables et admirables qui le font à leur propre manière. J’ai eu l’occasion de parler de ça avec quelques personnes, et je pense qu’en partie on peut l’expliquer par l’image qu’a internet aujourd’hui. Même si (et je pense pouvoir le dire pour pas mal d’artistes) je n’ai rien à faire sur des chaînes Youtube, je pense qu’ils ont un grand rôle à jouer dans l’émergence des artistes. Tout va tellement plus vite maintenant, tu peux faire un hit en une nuit.

Un autre facteur qui, selon moi du moins, a contribué à la flopée de petits jeunes qui ont essayé de produire ce genre de musique, c’est le fait qu’ils soient aussi proches des gens qui sont supposés « mener le courant ». Ils voient des gens de leur âge qui produisent ce qu’ils aimeraient faire avec à peine plus de ressources qu’eux, et bien sûr ça peut être un élément déclencheur la plupart du temps. Personnellement je ne me suis jamais senti proche d’aucun des modèles avec lesquels j’ai grandi, tout comme je ne me suis jamais dis que j’allais envoyer un message à Omar S sur Facebook pour lui demander « yo, tu pourrais jeter un oeil à mon son? » Cette distance n’a plus le même sens aujourd’hui.

Tu as récemment sorti ton premier EP vinyle, « Season 1 » sur Lobster Fury, la collaboration entre Lobster Theremin et Meda Fury, un label sur lequel tu as signé ton tout premier vinyle « Illuminations » sous ton alias Rimbaudian. Peux-tu nous raconter l’histoire de cette collab ?

C’est simplement deux bons amis qui voulaient faire quelque chose ensemble. Nick de Meda Fury m’a écrit un jour « eh, est-ce que tu sais qui est DJ Seinfeld? » après que j’aie posté quelques tracks, après lui et Jimmy ont démarré la collab sur le label. Ensuite, ça a juste fonctionné à merveille. Deux super gars.

Quand tu as sorti « Season 1 », tu as également publié un post dans lequel tu expliquais que tu avais fais cet EP en un jour, juste après avoir rompu avec ton premier amour. Quand on écoute « U » ou « Time Spent Away » qui sont très mélancoliques, on pourrait penser que cet évènement a pu influencer ta musique, est-ce vrai ?

Oui, beaucoup. C’est pour ça que je fais de la « mememotional house ».

Tu viens juste de sortir ton second EP « Sunrise » sur Endotherm, avec une track originellement postée sur soundcloud « Flyin Through Sunrise ». Est-ce qu’on peut espérer voir d’autres sorties sur ta page cette année ?

Oui, il y a une tonne de releases qui arrivent (bientôt) !

Quels sont tes labels et artistes favoris du moment ? Un producteur avec lequel tu aimerais faire une collab ?

À part ceux avec lesquels je bosse déjà, les labels que j’apprécie vraiment sont UNTO Recordings, Workshop, Salt Mines, Hyperdub, Werkdiscs et Clone. Je travaille avec Baltra sur un projet qu’on est sur le point de finir, et peut-être des projets avec quelques potes bientôt. Mais à part ça j’adorerais travailler avec Abra, j’ai une obsession pour ce qu’elle propose en ce moment.

Ce week-end tu joues à Paris pour la deuxième fois aux côtés d’Umfang et de Miley Serious. Tu avais d’ailleurs déjà partagé les platines avec elle lors de ta première venue. Qu’est-ce que tu penses de la ville, et des artistes français comme Miley ? De la nuit parisienne en général ?

Oui Miley c’est la meilleure, c’est une personne adorable et une DJ très talentueuse. Elle a toujours ces tracks de fou que je n’entends nulle part ailleurs, et je lui fais confiance à fond. La ville en elle-même est jolie, mais je n’ai pas grand chose de plus à dire dessus. Quand j’étais enfant, j’ai toujours pensé que je finirais à Paris. Peut-être un jour, qui sait !

Tu es originaire de Suède, tu as étudié en Écosse et maintenant tu vis à Barcelone. C’est quoi ta prochaine destination ?

Aucune idée. J’avais songé à l’Europe de l’Est, mais je préfère vivre comme un nomade en ce moment, attendre de voir où la vie va me mener.

Dernière question d’importance, j’ai lu quelque part que tu étais un « incroyable twerker » (dans I-D magazine) : quelle serait ta track favorite sur laquelle tu pourrais faire une démo ?

C’est vrai. Sur « DJ Rashad – In Da Club Before Eleven O’Clock ».

Interview réalisée par Simon.

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