Gregory nous donne rendez-vous dans son appartement à Paris. C’est un homme discret, humble, souriant et surtout profondément chaleureux qui nous ouvre les portes de son intimité. Dès l’entrée, c’est un saut immédiat dans les méandres du temps qui nous prend immédiatement aux tripes: une immense collection de vinyles, témoin de ses 30 ans d’expérience, qu’il partagera avec passion avec nous.

Deux heures de rencontre, d’échange, de disques écoutés, d’anecdotes et de confessions sur son histoire qui resteront gravées comme une rencontre unique et enrichissante. Un café dans une main, une cigarette dans l’autre, (DJ) Gregory nous a emporté avec lui depuis l’année 1987 où tout a commencé. Oui Gregory, « I Can Feel It » maintenant. Rendez-vous le samedi 17 novembre au YOYO, sous le Palais de Tokyo, pour le grand revival avec Chez Damier à l’occasion des 8 ans de Popcorn Records. 

Les origines : le choc entre house music et hip-hop

« En 88, au Palace, j’entends un classique de Chicago, « Can You Feel It » de Mr Fingers : c’est un peu comme l’Ancien Testament. »

On est en 87. J’écoute du rock, du jazz, beaucoup de musique psychédélique, j’adorais ça – et d’ailleurs j’adore toujours ça. J’ai eu la chance par une de mes cousines dont le père avait des lieux de nuit à Paris, d’aller dans les boîtes dès l’âge de 16 ans. J’ai vu la fin du Palace, des Bains Douches, où à ce moment-là, dans les clubs, les DJs jouaient de tout : du funk, du disco, de la new wave… En 88, au Palace, j’entends un classique de Chicago, « Can You Feel It » de Mr Fingers : c’est un peu comme l’Ancien Testament. Et puis « Can You Party » de Todd Terry. J’ai adoré ce titre parce que les Jungle Brothers avait pris l’instru de Todd Terry et en ont fait un morceau sur leur album, « I’ll House You ».

Au même moment, le hip hop émerge en France. Je vais m’y mettre avec beaucoup de difficulté. J’étais un peu choqué de cette arrivée fracassante. Il y avait aussi le early rap et le smurf, mais c’est vrai que quand le hip hop est devenu « flower power », trippé, un peu fly, à la A Tribe Called Quest ou De La Soul, j’ai adoré ça.

La révélation : New York

Le frère de mon meilleur ami est parti s’installer à New York, et il est partit le rejoindre. J’y suis allé tous les étés de 90/91 jusqu’à ce que je m’installe là-bas en 98 : les vacances à la plage, je ne sais pas ce que c’est ! (rires) De la fin de l’école jusqu’à fin août, j’y passais l’intégralité de mes vacances, et c’est là que j’ai fait mon éducation musicale, consciencieuse. On était dans un moment où il y avait un boom de créativité : au fil des années, j’ai acheté énormément de disques, j’ai fréquenté pas mal de soirées… Selon la période, au Save The Robots, le Niels, Sound Factory, Sound Factory Bar, les dimanches à Body & Soul, le Jacky 60, le Paladium, et le Shelter bien sûr qui est devenu le Vinyl après.

Au début des années 90, c’était le début des raves à Paris : Mozinor, la Champignonnière… J’étais pas super fan de la musique, je n’étais pas techno en fait, plutôt du côté garage et house au contraire. Il y en avait certes un peu dans les raves mais surtout dans les clubs gays. Rappelons qu’un des mecs qui a amené la house music en France avant Laurent Garnier c’est Guy Cuevas, le résident du Palace !

« J’étais devenu ce gamin qui arrivait à USA Import avec mes bacs de disques exclusifs qui venaient des États-Unis. Personne n’y avait accès ! »

Je découvre des magasins qui se spécialisent à Paris : Bonus Beat (l’ancien BPM Records), USA Import, Karamel… La cousine de mon meilleur ami tient Ticaret, un magasin en face du terrain vague de Stalingrad avec Dan, son associé. À l’époque, c’était la Mecque du hip-hop en France. C’est là où il y a tout eu. Un été, elle voulait aller à New York pour trouver des distributeurs et acheter des disques de hip-hop, et c’est là qu’elle propose à mon ami de simplement lui en envoyer pour les vendre au magasin. Une aubaine ! Une idée me trottait dans la tête : pourquoi ne pas faire pareil avec des disques de house super pointus, des classiques introuvables ?

J’étais devenu ce gamin qui arrivait à USA Import avec mes bacs de disques exclusifs qui venaient des États-Unis. Le gérant se foutait un peu de moi, mais il les prenait toujours. J’ai vendu à Romain le double pack produit par Millo Johnson, le « Ruff Disco » volume 1 de Nature Boy, les premiers Joe Claussell… Personne n’y avait accès ! Je m’étais fait ma petite réputation, en un sens.

Rencontre déterminante avec DJ Deep et Alex From Tokyo : « A Deep Groove »

Un jour, je me pointe là-bas, et je vois ce grand mec dont j’adorais les sets et que j’avais déjà vu plusieurs fois au Rex et que j’apercevais parfois au Boy : c’était DJ Deep. Il avait un éventail musical entre une techno, house de Chicago et les vocaux de New York. Je rentre dans le shop, je le vois et il me tend les bras : il me connaissait déjà parce que je vendais justement ces disques. On est tout de suite devenus très potes.

La semaine d’après, je vais chez Karamel, ce fameux appartement qui vendait des disques. Un endroit plus confidentiel où les clubs allaient acheter des gros volumes. Je me retrouve devant la porte : fermée. J’y trouve un mec de mon âge, et l’on commence à parler de musique, du Paradise Garage. Il me raconte qu’il avait accompagné Larry Levan sur sa dernière tournée au Japon, que sa famille était française mais qu’il avait grandi là-bas et qu’il terminait ses études à Nantes. C’était Alex From Tokyo ! Quelques jours plus tard, je le présente à Cyril (DJ Deep), et nous voilà tous les trois. On devient super potes.

L’apprentissage avec Radio FG, « Fréquence Gay »

« À l’époque, le seul moment où tu pouvais avoir de la musique, c’était dans les magasins de disques, au moment où ça arrivait et que tu ouvrais le carton. Les disques, c’était vraiment quelque chose qui se méritait ! »

Cyril avait une émission sur Radio FG (« Fréquence Gay »), à l’époque rue Rebeval. C’était une radio associative qui mêlait émissions de musique électronique et communauté gay. C’était ça, l’âme de Radio FG. Il nous invitait régulièrement à y mixer. Je débarquais de New York avec mes nouveautés que personne n’avait, et l’on était dans une époque où le seul moment où tu pouvais avoir de la musique (contrairement à aujourd’hui avec Internet et les downloads), c’était dans les magasins de disques, au moment où ça arrivait et que tu ouvrais le carton. Des tracks que souvent tu ne reverrais pas. Les disques, c’était vraiment quelque chose qui se méritait ! On réalisait souvent que c’était une version promo, avec un accès encore plus limité. C’est une démarche qu’on a d’ailleurs beaucoup faite : aller dans les labels pour chercher les promos, les double packs…

En 94, FG déménage rue de Rivoli. Cyril nous convoque pour nous proposer le créneau de midi à 14 du lundi au samedi. Il y avait des jours où on le faisait ensemble, d’autres où je le faisais tout seul, et eux pareil. Ça variait. Je me souviens lui avoir dit « le nom est tout trouvé ! »… « A Deep Groove » : A (lex From Tokyo), (DJ) Deep et Groove pour Gregory. Ça a duré un an ou deux : Alex est reparti au Japon, Cyril est parti sur Radio Nova, et j’ai gardé l’émission seul 13 ans d’affilée. J’ai fait tous les horaires possibles et inimaginables. À partir de 98, ça a été l’exaltation : je suis parti à New York, et pendant deux ans j’envoyais l’émission toutes les semaines. J’enregistrais sur DAT, un format digital de cassette. Je parlais, je mettais les disques, j’animais…

« La radio voulait toucher le plus grand nombre, et la vérité c’est que je ne voulais justement pas de ça. »

Et puis la radio a évolué, elle est passée d’une radio associative à une radio tout court. Le grand boss, Henri Morel, qui se baladait dans les bureaux avec une cravache et un petit chien rose et qui nous cravachait quand il passait dans les couloirs – ça c’était la grande époque ! La liberté. Aujourd’hui je trouve forcément que c’est devenu un peu mainstream. J’ai arrêté parce que je n’en pouvais plus. J’avais fait rentrer des camarades à la radio qui sont devenus de très gros DJs mainstream. La radio voulait toucher le plus grand nombre, et la vérité c’est que je ne voulais justement pas de ça.

La cassure : trouver sa voie face au renouveau commercial de la French Touch

Ce qui est terrible, c’est que quelque part il y avait l’insouciance de la jeunesse et de la liberté. C’est d’abord une force, et puis à un moment donné tu réalises que de manière sous-jacente nombreux sont ceux qui veulent très bien gagner leur vie. Parce qu’on commençait à se rendre compte que oui, c’était possible. La French Touch, c’est le meilleur exemple : quand j’ai fait « Sunshine People », que Gil’br a lancé son label Versatile, quand (Philippe) Zdar a fait Motorbass, on était dans l’intention, dans une vraie expression.

Quand les Daft Punk ont sorti « Stardust » avec trois samples et un vocal et que c’est devenu un succès planétaire, tout le monde a pêté un câble. C’est un très bon titre, y’a quelque chose dans la pulse, le beat, le sample et le traitement… Ils ont d’ailleurs sans doute été un des premiers à populariser un son français aux Etats-Unis. Même le nom du groupe est imparable !

« Il m’a fallut des années pour faire un deuil et trouver ma patte. »

En fait, je ne suis ni fier ni pas fier de ne pas avoir suivi ce chemin. On a tous une petite horloge interne qui nous guide ou qui nous éloigne d’une certaine manière de fonctionner. Parce que des opportunités, j’en ai évidemment eu. Quand j’ai fait « Sunshine People » j’ai eu un appel de Virgin pour faire un album. Direct. Mais ça ne m’intéressait pas. Ce titre, pour moi, c’était la « chance du débutant ». J’étais très jeune. Et c’est pourtant entré dans les classiques de cette époque ! Moi, ce que je voulais faire, c’était « The Bounce » de Masters At Work, Mood II Swing, ou même les débuts de Saint-Germain quand sa musique était moins jazz, plus house, voire son projet électronique Deep Side. En fait, je me sentais con parce que c’est ça qui m’intéressait.

Il m’a fallu des années et des années pour finalement trouver ma voie, et surtout, même si c’est dans le charme, il a fallu une remise en question personnelle. Faire un deuil pour trouver ma patte.

Africanism avec Chris (Bob Sinclar) : la renaissance dans la percussion

Ça s’est fait simplement quand je suis revenu de New York en 2000. J’étais en famille dans les Iles Vierges pour Noël. Là, je te prends une claque : j’entends des rythmes soca, surtout beaucoup en Martinique. J’étais sur le cul. J’ai toujours acheté les nouveautés, comme Kenny Dope qui allait sampler des trucs où tu ne t’y attendais pas, ou les grandes batteries de hip hop samplées dans le rock. À ce moment-là, je faisais le bilan : j’avais fait « Sunshine People », quelques Points G obscurs, les deux « Back Up », « Chicken Coma », « Underwater » à New York, un remix pour Terry Hunter sur un label à Chicago, un remix de Mousse T pour Pepper Mint Jam en Allemagne, j’avais commencé Soha avec Julien Jabre avec des vocaux qui ne sont jamais sortis. Pour la petite anecdote, « Amour », c’était un bout d’une chanson qu’on avait enregistré ! Je dois toujours avoir la suite sur un disque dur.

En 2000, je rentre à Paris. Je trouve un local dans le 17ème arrondissement, rue Legendre. Un très grand sous-sol de 180 m2 où il me fallait des partenaires. Julien m’avait présenté Michael et Maxime (de Next Evidence) qui avaient le label Basic sur lequel j’ai sorti « Underwater » en premier. On leur propose d’enregistrer un album. À ce moment-là, on n’est plus dans la French Touch, c’était l’époque après Saint-Germain. Le genre d’époque où, dès que tu faisais un truc un peu deep house et que ça sonnait bien, c’était parti ! Ils avaient besoin d’un studio, et suite à sept mois de travaux, on l’a transformée en une grande cabine d’enregistrement pour accueillir les musiciens, et deux régies. On avait chacun notre studio, plus les bureaux.

J’ai donc passé sept mois dans le studio de Chris, qui travaillait sur « Champs-Elysées ». Lui vient du trip hop à la base. Il faisait The Mighty Bop, des trucs plus dans l’esprit Mo Wax, pas du tout dans la house. Je l’ai rencontré quand j’ai fait « Sunshine People », je me souviens qu’il était comme un dingue. C’est un des morceaux avec la French Touch de Motor Bass qui l’a motivé à switcher quelque part. À ce moment-là je faisais des beat pour pas mal de monde, et il m’a proposé de partager son studio à la fin des travaux.

« Consécration : Masters At Work étaient en train de jouer « Block Party » devant 3000 personnes. »

J’avais toujours cette idée de rythme caribéen depuis le voyage en Martinique. J’aimais ce côté Puerto Rico, plus gangster, un peu plus ruffneck à la Kenny Dope. Un matin, j’arrive au studio, je prends un disque, je pose l’aiguille et j’entends ce riff de cuivres. J’ai trouvé ça mortel. Je rebouge l’aiguille plus loin dans le morceau, je ne le retrouve pas, et je réalise qu’en fait il n’arrive qu’une seule fois dans le morceau ! Je monte le track en 2h, Chris arrive. Je lui fais écouter « Block Party ». Ça l’a fait, immédiatement. Il fallait qu’on fasse un projet avec « Block Party » et « Tourment d’Amour » que je ferai quelques jours plus tard, des tracks taillés pour les clubs, qu’on sortirait sans faire de promo. Le nom d’ « Africanism » était son idée, c’est venu tout seul.

À l’issue de cette sortie, en été, j’avais des potes qui étaient dans Central Park, à New York. Consécration : ils m’ont dit que Masters At Work étaient en train de jouer « Block Party » devant 3000 personnes. Ça a été monstrueusement énorme, plus de 450 000 disques vendus. Les racines d’Africanism, c’est avant tout de la percussion. Quand je suis parti en Afrique du Sud pour faire une promo, c’était tapis rouge, mais ils étaient surtout effarés que je sois blanc !

Il me dit que j’ai 15 jours pour faire deux tracks : on va créer mon label Faya Combo. Il me présente Philip Weiss, l’assistant de l’ingénieur d’A Tribe Called Quest. Faya Combo, ça voulait simplement dire « les gens autour du feu ». Première sortie du label : « Tropical Soundclash ». Va s’en suivre des morceaux comme « Prassaï (Cruisin’) », « Elle », etc.

Masters At Work, son label Faya Combo, départ à Amsterdam : la consécration

À ce moment-là, je voulais signer un album chez Yellow (Productions). Sur DJ Gregory, c’était cohérent. Yellow, c’était DJ Yellow (Alain) et Chris (Bob Sinclar). Je ne sais pas vraiment pourquoi mais on n’a jamais réussi à l’imbriquer. Fin 2002, Patrick, de chez Sony, m’appelle et me dit qu’il veut me manager, m’invitant à le suivre : « Je pense que ça peut aller beaucoup plus loin ». Ma réponse a été simple : « je veux faire comme Masters At Work ».

Un jour, j’étais au studio et je reçois un appel : « This is Louis Vega ! » (ndlr : membre de Masters At Work). Je n’y ai d’abord pas cru. On s’est retrouvés avec Julien à faire son remix de « Work », et plus tard j’ai fait « Mon Amour » tout seul. Lui a remixé « Elle ». Ça a été le début d’années de djing à travers le monde.

En 2005/2006, la minimale explose. La house music avait tellement évolué, elle était devenue tellement lissée que les solos de musiciens, on n’en pouvait plus. Même moi je commençais à me lasser. Mais je n’étais pas investi dans la minimale. À la fin du studio (avec Michael et Maxime), je suis parti à Amsterdam. J’hésitais entre Amsterdam et Berlin, mais j’ai choisi Amsterdam parce que j’avais une légitimité d’y être. Ce qui est marrant, c’est qu’en Hollande, ils ont pris Africanism et l’ont modernisé : ils l’ont rendu plus électronique, et plus agressif. Au milieu des années 2000, je me suis pointé dans un festival, et je me suis rendu compte à quel point c’était moins « posé ». Ça n’était pas ce qui m’intéressait le plus, mais y’avait un truc super ghetto dans ce traitement.

J’ai fait quelques titres là-bas qui ont marché. Deux mois plus tard, je reçois un coup de fil de Frederic Galliano, spécialiste de l’Afrique, qui partait au Brésil pour enregistrer des chanteurs de baile funk. Trois mois plus tard, même chose en Angola pour le kuduro, immersion dans les bidonvilles pour enregistrer des chanteurs. Je les ai utilisé pour certains morceaux. En tout, je dois avoir 30 chansons entre les brésiliens et les africains dans mon ordinateur. Je collectionne pas mal de vinyles de cette veine-là.

Le grand retour de DJ Gregory : deux époques, multiples influences, un seul set

Pour certaines personnes, DJ Gregory c’est « Sunshine People » et la French Touch. Pour d’autres, c’est Africanism. Certains encore les grandes années de Faya Combo avec « Elle », pour d’autres encore, ce sont les réminiscences de la vraie culture classique house. Les vieux trucs de New York, les bons trucs de Chicago, de Detroit, mélangés à la sauce d’un européen avec « Elle » : Tony Humphries, Masters At Work, Mood II Swing… pour d’autres, c’est la période d’Amsterdam.

« Je suis un « DJ à l’ancienne » dans la tête des gens. C’est un challenge : il faut trouver le moyen de les faire danser et qu’ils soient contents, sans trop sortir des sentiers battus. »

Le 28 octobre, on sera un peu dans la musique d’aujourd’hui, un peu dans les classiques house, les classiques disco… Ce qui est très drôle en ce moment, c’est que le retour aux origines 80/90, c’est aussi n’importe quel mec de 20 ans qui pourra te jouer la face B d’un disque. Il te dira « ça, ça déchire », et les gens deviendront fous. À l’époque, c’était l’inverse ! C’était la face où ça chantait. Le dub, c’était pour sortir du vocal, pas pour un peaktime. Finalement, chacun se réapproprie un peu la musique. C’est du révisionnisme passif en fait, qu’on le veuille ou non.

Je suis un « DJ à l’ancienne » dans la tête des gens. C’est un challenge : il faut trouver le moyen de les faire danser et qu’ils soient contents, sans trop sortir des sentiers battus. Dans certaines soirées, ce qui est génial, c’est qu’il y a un moment où les gens sont avec toi et où tu vas pouvoir poser ta sensibilité. Ça peut durer 10 minutes comme 2 heures. Finalement, j’aime quand le DJ raconte une histoire, quand d’un disque à l’autre il y a des réponses, des tonalités, et surtout quand tu sens qu’il se passe quelque chose. Et j’ai parfois peur que les DJs d’aujourd’hui ne proposent pas tous ça. Ils ont la technique, mais il manque parfois l’histoire.

Je te prends l’exemple de ZIP, ce mec est incroyable. C’est toujours juste. Les soirées de Body And Soul par exemple, ça c’était fou, parce que c’était fait par des vrais passionnés de musique. Aujourd’hui la nouvelle tendance, c’est plus tu as de followers, plus ton cachet va grimper, plus tu vas ramener de monde. Je pense qu’on est passés dans autre chose…

DJ Gregory et Point G : un jour, la fusion ?

Cette année je vais faire des lives de Point G évidemment, mais c’est beaucoup plus de beat, beaucoup plus hypnotique, ça ne touche pas les mêmes gens. Je ne peux pas jouer un disque de Talking Heads ou un vocal de Frankie Knuckles sur Point G par exemple.

J’adorerais faire les deux en même temps. Techniquement, c’est faisable. On pourrait faire moitié CD, moitié live ordi !

 

Nous passons la dernière demie heure dans son studio d’enregistrement. Parmi les vinyles, une bibliothèque à elle seule remplie de la discographie de Masters At Work, et les fameux test press de Miami soigneusement alignés de leur papier blanc. Quand nous osons demander à Gregory quel disque de Garage pourrait être encore d’actualité en club aujourd’hui, la réponse se veut concluante : la version club d’ « I’m Your Brother » de Round One, signé sur le label de Moritz Von Oswald, Main Street Records, en 1994. L’année de notre naissance. La boucle est bouclée.

Interview réalisée par Jade et Sanche.

DJ Gregory sera notre invité le 17 novembre prochain au YOYO, sous le Palais de Tokyo.