Photo à la une © Judas Companion

La carrière de la tunisienne Deena Abdelwahed semble avoir prise un nouveau virage depuis sa résidence à Concrete, et la sortie de son premier album Khonnar fin 2018. Depuis, les dates s’enchaînent et son nom s’affiche sur les line up des plus prestigieux festivals européens, à commencer par le Weather LSM ce samedi 27 avril.

Pourtant, rien n’a été apporté sur un plateau d’argent à cette femme pleine de revendications, qui a quitté Tunis à l’âge de 26 ans pour porter son art sous de contrées plus propices, comme à Toulouse, ou elle a pris ses marques avec le collectif Arabstazy. Artiste mais aussi femme engagée pour la cause LGBT et l’épanouissement des artistes féminines au coeur des pays défavorisés, quelques questions à Deena Abdelwahed qui, à travers sa musique brutale et tiraillée, est l’une des artistes techno les plus en vogue.

Quels styles musicaux peut-on rapprocher le plus de ton esthétique en DJ set ?    

Je ne sais pas si l’on peut parler d’un genre en particulier mais j’affectionne une musique électronique dansante aux rythmes syncopés fortement influencée par les subcultures du monde entier, c’est à dire celles des pays défavorisés.

Tu es programmée au Weather LSM cette année, que penses-tu de ce retour fracassant et de sa nouvelle identité marquée ?

Je n’y ai jamais assisté auparavant mais beaucoup de parisiens m’ont parlé du Weather, et je suis très heureuse de le découvrir enfin ! J’ai visité leur site internet et je trouve que le line up et le lieu s’accorde bien avec leur nouveau credo.

Pour revenir à ton premier album, Khonnar, que l’on peut traduire en tunisien “ Ce qu’on essaie de cacher / dissimuler”, qu’as-tu voulu mettre en lumière ? C’est un album assez sombre, puissant et inquiétant à l’écoute. C’est un parti pris ?

Avec Khonnar, je voulais essentiellement offrir une nouvelle forme de musique et de contenu aux amateurs de musique arabe alternative. J’ai invité Abdullah Miniawy, un jeune poète et chanteur égyptien super talentueux qui écrit des paroles engagés. Les sonorités reflètent l’atmosphère musicale de mon enfance tunisienne ainsi que la musique que j’ai découverte plus tard, une fois adulte. L’idée initiale de mes productions musicales est d’essayer d’ajouter à la palette musicale du monde arabe d’aujourd’hui des sonorités nouvelles et engagées. Mon but n’était pas importer des sons d’ailleurs, juste parce que “ça marche” aujourd’hui.

On entend beaucoup de sonorités religieuses, sur Saratan et ABABAB, les 2 premiers morceaux du titre. Tu commences fort. Un acte politico-religieux ou rien de cela ?

C’est moi qui chante dans tout l’album! Les mélodies dans Saratan sont inspirés des chants spirituels mais que je n’ai pas copié à la lettre. Pour ABABAB, c’est un terme qu’on utilise enTunisie, le contraire de “aïe,aïe,aïe…” je dirais, mais ce n’est pas un parti pris religieux non.


Il y a pas mal d’influences bass Music / EBM. La scène anglaise t’a t-elle influencé dans ta production ?

Oui, la scène anglaise est tellement riche qu’elle influence le monde entier en ce moment.

En s’intéressant à ton parcours, on voit que tu as rejoint le collectif de musique anti-orientaliste Arabstazy avant de t’installer à Toulouse. Est-ce important pour toi de déconstruire tous ces préjugés autour de la musique orientale ?

Je dirais que je suis davantage dans une phase de construction plutôt que de déconstruction. Je ne cherche pas à forcer la curiosité des gens, cela doit venir d’eux-même, je me contente de présenter mon art et c’est au public d’en juger son intérêt. Par contre, selon moi, les personnes curieuses sont les seules qui peuvent aller au-delà des préjugés. 

Tu es aussi activiste Queer : tu nous en dis plus ?

Je ne suis pas activiste Queer. Je fais partie de la communauté LGBT qui veut mettre fin à l’homophobie.        

J’imagine que cela doit être compliqué d’être femme dj en Tunisie, et qui plus est membre LGBT. As-tu réussi et réussis-tu à t’exprimer librement ? (Selon tes mots : “Une femme active, c’est toujours un problème”)

C’est difficile d’être une artiste en Tunisie, et c’est encore plus compliqué d’être un membre LGBT, oui. Être une femme active aussi, mais je pense que l’on peut s’en sortir si l’on garde ses convictions.  

                    

Tu es une vraie citoyenne du monde, et contre les frontières, un mot de fin pour rassembler tout le monde ?

Il y a nécessité que la scène artistique soit rentable afin de pouvoir inviter toutes sortes d’artistes moins connus du grand public et qui éprouvent des difficultés à proposer quelque chose de différent. Pour cela, le public a aussi son rôle à jouer. Il doit être curieux en achetant ses billets et sortir.

Retrouvez Deena Abdelwahed au Weather LSM ce samedi 27 avril sur la scène WORMHOLE, avec AnethaDaniel AveryKiNK ou encore Lanark Artefax