Depuis bientôt 10 ans, Cracki Records est devenu une figure de proue sur la scène électronique française. Sur son label, signent L’Impératrice, Folamour, Agar Agar, LeonxLeon ou encore Isaac Delusion. En s’associant avec Amical Music, naît l’agence artistique Pedro Booking. Derrière les platines, leurs DJs résidents passent les disques et sons diggués au jour-le-jour. Rencontre avec ses deux têtes pensantes, François et Donatien, avant leur set pour l’événement Central, le vendredi 28 février aux Magasins Généraux de Pantin. 

Cracki Records a 10 ans. Quel constat faites-vous de l’évolution de votre entité ? 

On est vraiment contents, car on a le sentiment d’avoir bien avancé, dans un contexte pourtant vraiment difficile. Faire le pari de monter un label indépendant en 2010, quand on regarde dans le retro, c’était assez osé, personne n’y croyait – à part nous !  

Le marché du disque était au plus bas, la petition ‘Paris se meurt’ circulait partout, mettant en avant le peu de dynamisme culturel dans le secteur à cette époque. Et finalement 10 ans après, beaucoup de choses ont changé, plusieurs initiatives ont re dynamisé le marché, et on est fiers d’avoir fait partie de cette belle dynamique créatrice, qui a donné envie à d’autres de se jeter à l’eau. 

D’un projet extra scolaire entre amis, on est maintenant passés à une belle structure indépendante aux activités musicales plurielles, fiers de la musique qu’on partage depuis 10 ans maintenant.

Votre collaboration avec Amical Music a donné naissance à Pedro Booking, une agence artistique devenue référence incontournable dans le développement de la nouvelle scène (électronique et indé) française. Comment c’est né ? Comment vous l’avez développé au fur et à mesure du temps ? Votre pari de l’exporter à l’étranger est-il réussi ? 

L’histoire est assez simple, on essaie de suivre les énergies de manière assez spontanée. 

En fait Amical Music s’est installé dans nos anciens bureaux en open space. Après quelques jours, on s’est très vite bien entendu. Ils avaient plein d’idées, plein d’énergie. En plus de l’accroche humaine qui nous donnait envie de faire des choses ensemble, on avait beaucoup à échanger en terme des compétences : Amical avaient déjà de l’experience dans le booking, une vision plus corporate de l’entreprise, Cracki des connaissances concrètes du milieu, des compétences en terme de découverte et développement de jeunes talents, des contacts dans le milieu… On a vite décidé de mélanger tous ces ingrédients pour faire Pedro booking ! Et la recette s’est avérée pour l’instant assez efficace !

Le label s’est lui aussi développé dans cette voie de promouvoir la scène française. C’est le corollaire intime, la vitrine musicale de l’agence de booking ? 

Concernant le label, nous n’avons aucune ligne directrice. On fonctionne au coup de coeur. On promeut les jeunes talents, mais nous n’avons aucune préférence pour la scène française. Pour être honnête ce n’est pas du tout important pour nous, c’est seulement notre assise locale à Paris qui pousse logiquement à le plus souvent travailler avec des projets français. Nous ne sommes pas fan de l’idée de scène locale, les talents sont partout, et sont liés autrement que par le lieu de résidence ou la nationalité. 

On a toujours été assez tournée vers l’international dans notre manière d’écouter la musique, et donc également logiquement dans celle de la produire et la défendre. Et d’ailleurs, on s’est tout juste rendu compte qu’on à plus de 60 sorties au compteur et que notre premier disque en français va sortir dans 1 mois… Comme quoi ! 

Tous les artistes ne sont pas forcément chez Pedro Booking, il n’y a pas de règles. C’est surtout un outil qu’on a développé dans l’idée de pouvoir donner plus de chances à nos artistes d’exister. On avait le sentiment de faire tout le travail laborieux de développement et que les tourneurs venaient récolter le fruit de notre travail, c’était assez frustrant. Aujourd’hui, avec ce modèle on fait régulièrement des points sur nos artistes, les bookeurs ont un suivi des actualités plus poussé et des stratégies qu’on dessine ensemble toutes les semaines.

Macki Music FestivalMíréló… Les festivals que vous avez monté sont aux quatre coins de la France. Quelle DA et ambiance pour ces festivals à taille humaine ? Il y a en a d’autres dans le pipe ? 

L’idée d’expérience et de découverte est le leitmotiv de ces différents projets. L’ambiance, on ne la décide pas, c’est le public qui la fait. De notre côté, on fait tout pour créer un cadre décontractée, à échelle humaine, afin que le public se sente bien. Ca passe par des politiques de prix bas, une sécurité détendue, des espaces qui poussent les rencontres et les échanges, des activités… On a toujours fonctionné comme ca, justement par opposition aux grosses machines où la consommation prend le dessus sur l’échange.

 Il faut que le public sente ces notions de partage et d’échange, une fois que ça c’est fait… Tout le reste roule. Et tout le monde est heureux ! Après, on essaie de défendre une programmation la plus variée possible. On essaie de faire découvrir un maximum de genres en mélangeant les line-up et en essayant de mettre en avant les talents de demain.

© Macki Music Festival

On lance bientôt un festival à Toulouse, c’est un véritable challenge pour nous d’autant plus qu’il y a deux toulousains dans l’équipe !  

Quelle vision avez-vous de la scène électronique française en 2020 ? Son évolution depuis vos débuts, il y a 10 ans ? 

C’est difficile de faire une analyse de la scène électronique française. On n’est pas journalistes ou spécialistes, et n’en avons pas la prétention. 

Ce qui est certain, c’est que depuis la quasi seule scène electro parisienne d’il y a 10 ans, essentiellement minimale ou tech house, on est passé à une pluralité de scène et le retour de nombreux styles : techno, EBM, Trance, disco… C’est vivant, plein d’initiatives donc c’est super ! Aussi, on peut noter un nombre plus important de productrices femmes, et ceci surtout dans la techno. Ça aussi c’est super, car il y a 10 ans on pouvait compter les productrices ‘connues’ sur une seule main. 

Donc beaucoup plus d’initiative, pour le meilleur et pour le pire, car il y a toujours des loupés au milieu de tout ça. Certain critiquent qu’il y auraient trop de djs maintenant, c’est certain qu’ils sont plus nombreux qu’il y a 10 ans, mais ce n’est pas un problème, car le public est aussi maintenant plus averti, et derrière des platines on ne peut pas tricher, donc le tri se fait tout seul.  

Vous ferez partie du line-up du nouvel événement CENTRAL les 28 & 29 février prochains. Ultime casquette, celle du DJing : c’est une manière pour vous d’appréhender encore un peu plus la scène que vous promouvez via le digging ? 

On a toujours fait de la musique de différentes manières, et le DJing en fait partie. Avant Cracki, on a même monté des groupes de musique avec plusieurs amis. Nos soirées d’adolescents finissaient toujours en jam à 4 guitares. 

Le djing, c’est comme une prolongation de cette envie de partager la musique. On partage nos disques à travers le label, mais ces productions sont inspirées par tant d’autres références qu’on écoute toute la journée. On est des diggers invétérés comme vous pouvez vous en douter,  et le djing nous permet donc de partager notre univers musical, et aussi de participer à la fête qu’on aime tant organiser, du côté de la scène pour ces moments là. 

Les DJs du Cracki Soundsystem seront aux platines de Central, le vendredi 28 février. Retrouvez toutes les infos sur l’événement Facebook