À l’occasion de sa dernière sortie «Rules of Reality» sur son propre label, Cleric a généreusement accepté de répondre à quelques questions posées par la communauté des Chineurs de Techno pour Dure Vie. L’artiste britannique, qui n’a pas besoin d’introduction pour la précision de ses sets toujours francs et déchainés mais qui ne manquent jamais d’ouvrir un espace pour l’évasion, partage avec nous sa vision de la scène actuelle, son processus de création, et les choses qui l’inspirent le plus, en ne manquant pas d’apporter une touche d’humour et d’autodérision.

Quelle est la signification de ton nom d’artiste et de ton label, Clergy?

J’aime l’idée que la musique puisse être une religion pour les gens – ils peuvent chacun y trouver leurs propres moyens de dévotion, et le club devient alors comme une église, ou un lieu de culte. Du coup, «Cleric» est né de l’idée d’un chef de file au sein de cette religion et le label, «Clergy», reflète un groupe de dirigeants.

Quelle a été la plus grosse claque musicale set ou live à laquelle tu as pu assister en tant qu’auditeur ? 

Si je devais en nommer quelques-uns – Jeff Mills au Dekmantel à Amsterdam, Andrea (Live) au Glazart à Paris et plus récemment Christian Wunsch à la Fabrik à Madrid.

Quels artistes français écoutes-tu?

Il y a beaucoup de très bons producteurs français techno que j’écoute, les plus récents étant KMYLE, Roman Poncet, Shlømo, Antigone et AWB.

Qu’est-ce qui t’inspire quotidiennement?

Il y’a tellement de choses qui m’inspirent, mais si je devais n’en choisir qu’une, ce serait mon père. Il m’a inspiré musicalement tout au long de ma vie, en me m’initiant constamment à la musique soul, jazz, funk que je devrais connaître selon lui (mais ne lui dites pas !) Il ne m’a pas inspiré que musicalement, il a aussi été une influence créative pour moi, c’est un photographe de qualité et il fait aussi beaucoup de travail de photographie pour les photos de couverture de Figure et Clergy.

Tu fais partie de ces artistes qui ont une empreinte musicale facilement reconnaissable, dirais-tu que tu crées chaque track pour qu’il soit unique ou plutôt pour qu’il corresponde à la ligne artistique que tu as définie?

Wow, c’est un sacré compliment, merci ! J’essaie juste de produire la musique qui me rend heureux, et de la musique que j’aimerais entendre dans un club. Je n’essaie pas de contraindre mes sons à un certain modèle.

On lit beaucoup de choses à propos de votre amitié avec Setaoc Mass, est-ce que vous envisagez de travailler ensemble à l’avenir, que ce soit sur un label collaboratif, un alias ou un EP?

Bromance! Nous avons grandi ensemble à l’école puis développé une passion commune pour le clubbing et la production musicale, on a également vécu ensemble pendant un certain temps à Manchester (sans compter les innombrables heures passées côte à côte sur les dancefloors). Nous avons évolué ensemble en tant qu’artistes et échangeons nos idées respectives depuis des années. Mais oui, pour répondre à votre question, nous travaillons actuellement sur une EP collaboratif sur Clergy. (CRG010).

As-tu un rituel avant de commencer à jouer ? Nous avons reçu beaucoup de questions concernant le fait que tu portes une casquette ! C’est ton porte bonheur ? 

C’est assez drôle parce que quand j’ai commencé à jouer, je devenais vraiment nerveux. Je me recueillais religieusement sous la douche pour essayer de me concentrer avant d’aller au club. Mais aujourd’hui, j’ai eu assez d’expérience dans ces gros clubs pour y aller sereinement.

En ce qui concerne la casquette, c’est assez marrant parce qu’elle m’aide à placer mon casque correctement. Certains n’y croiront pas, et ce n’est pas un problème. Je suis aussi un gros fan de Gregory Porter (avant ses frasques d’Ibiza).

Blawan et Shifted ont récemment exposé leur avis à propos d’un genre musical souvent perçu comme étant répétitif, l’observant comme potentiellement engagé dans une impasse d’hyper-productivité, plutôt d’accord ou pas d’accord ?

Je préférerais ne pas commenter les opinions d’autres personnes. Ils font partie de la scène techno depuis plus longtemps que moi, ils auront donc un point de vue plus expérimenté sur la façon dont la scène a évolué pour eux.

Sur le plan social et artistique, qu’est-ce qui représente la techno et quel rôle a-t-elle dans notre société actuelle ?

Je pense que d’un point de vue social, c’est vraiment génial pour notre société. J’ai été moi-même un adepte du club, et j’ai appris qu’il faut prendre soin des gens autour de nous sur la piste de danse. J’ai développé de grandes et solides amitiés avec des gens à qui je ne parlerais jamais d’habitude, simplement parce qu’ils se tiennent debout à côté de toi toute la nuit sur le dancefloor. Tu partages de l’eau, des chewing gums, etc, et une fois que la nuit est terminée, vous ne vous parlerez probablement plus jamais. Je pense que c’est quelque chose dont le monde a besoin.

Que penses-tu du débat Vinyle vs. Digital?

J’entends ce débat partout où je vais. La seule chose qui compte, c’est ce qui sort des haut-parleurs. Mais ne vous méprenez pas, j’ai commencé sur vinyle et j’ai toujours acheté des disques, mais si vous avez un attachement émotionnel à jouer des disques et que le club n’est pas configuré pour, alors c’est une mauvaise expérience pour les quelques 300 personnes qui ont payé l’entrée.

Quelques membres de Chineurs de Techno ont mentionné ton edit de The Amazing – Qu’est-ce que vous voulez? Tu prévois de la sortir ? (Ça ferait une tonne d’heureux!)

(Rires) Merci, je fais beaucoup d’edits pour mes dj sets, mais je pense qu’il est préférable de les laisser à des moments particuliers du club.

Pourrais-tu partager avec nous une de tes armes secrètes de closing ?

J’aime fermer sur Sound Factory – Understand This Groove (Club mix) Mais ça doit être réservé pour le bon moment.

Quelques questions un peu plus axées sur la production – Comment définirais-tu ton processus de production?

Désordonné. Mon studio n’est pas rangé, il y a des néons partout, c’est plutôt ce que j’appellerai un désordre organisé. 

Plutôt préparation à l’avance ou improvisation? 

Je commence généralement par écrire une partie rythmique qui tient la route, puis j’ai tendance à improviser pour voir ce qui pourrait fonctionner avec musicalement.

La devise de Dure Vie, c’est « La vie est dure, on vous l’adoucit ». Qu’est-ce qui, personnellement, te rends la vie plus douce ? 

Les afters !

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