Photo à la une © Channel Tres

Originaire de Los Angeles, Channel Tres a su créer une alchimie parfaite entre les musiques house et hip-hop, et plus spécifiquement entre Compton et les sons de Chicago ou Detroit. Ses débuts prometteurs se sont rapidement confirmés et il est aujourd’hui un des rares artistes capables de proposer une ligne artistique unique, avec un sens de la scène extrêmement travaillé. Alors qu’il se pose la question de savoir de quoi la musique électronique de demain sera faite, Channel Tres est l’un des rares artistes à proposer une réponse. Les grands noms de la musique ne s’y trompent d’ailleurs pas : Elton John est fan de lui et Childish Gambino l’a choisi pour assurer la première partie de sa tournée australienne. On a profité de sa première date française à la Villette Sonique pour aller le rencontrer.

Lorsqu’on écoute ta musique, une des premières choses qui marque est le mélange entre les sonorités venant du rap west coast et de la house. Quelles sont tes principales influences dans les univers rap et house ?

Moodymann a indéniablement été une référence importante du côté house. Niveau rap, je dirais que mes influences majeures sont si nombreuses que ça va dépendre du jour. André 3000, d’Outkast, est toutefois une figure qui se démarque du lot.

La house trouve ses racines à l’Est des Etats-Unis mais tu viens de la côte Ouest. Quels ont été tes premiers pas dans la house ?

Je suis noir, j’ai grandi naturellement avec la house et son côté four to the floor. Même si j’ai vécu à Los Angeles, ma famille vient de Chicago. Quand j’ai commencé à faire ma propre musique, la house est venue rapidement s’imposer.

Aujourd’hui je continue d’écouter pas mal d’artistes dans ce style, comme Omar S ou encore Black Coffee.

Tu as toujours vécu à Los Angeles, entre les quartiers de Compton et Lynwood. Si Compton est mondialement connu pour son apport au rap, qu’en est-il de Lynwood ?

Lynwood est simplement une petite ville au nord de Compton, elle n’a rien de très particulier par rapport à Compton.

Si on devait me demander d’où je viens, c’est indiscutablement Compton mais j’ai été élevé durant mon enfance par mes grands-parents qui vivent à Lynwood.

On sent bien ce côté « West Coast » dans ta musique, par exemple dans « Sexy Black Timberlake » ou « Topdown ». Y a-t-il une volonté d’afficher tes racines musicales ?

Oui, il y a ces instrus qui peuvent s’inspirer de ce qu’on entend dans « The Chronic » de Dr Dre. Il y a effectivement une volonté de rester connecter musicalement avec le lieu d’où je viens mais ça reste de toutes façons une musique que j’aime avant tout.

Quand tu as du temps libre et que tu peux sortir écouter de la musique, vers quoi t’orientes-tu en général ?

Le jazz ! On a la chance d’avoir beaucoup de musiciens ou groupes de jazz à Los Angeles et personnellement j’aime beaucoup écouter un groupe de jazz avec un bon verre de vin.

Tu t’es crée un alterego, Jetblack, dans un morceau du même nom, une sorte de super-héros. Qui est ce personnage ?

Jetblack est un peu comme une vision de la vie consistant à se laisser aller. Personnellement je suis quelqu’un d’un peu timide et discret alors que Jetblack est un beau mec cool, qui aime se faire remarquer.

Plus récemment, tu assorti un morceau, « Sexy Black Timberlake » : quel est son message ?

C’est un morceau qui se veut un peu ironique, qui tourne justement en dérision le personnage du beau gosse afro-américain tel qu’il est représenté de façon générale.

Que signifie ton nom d’artiste, Channel Tres ?

Quand je produis je dois créer quelque chose un jour et une autre le jour suivant, Channel est une référence à ce processus de production. Ensuite le nombre 3 est un peu comme un nombre fétiche pour moi depuis que je suis jeune, il représente la Trinité.

Tu n’as pas commencé directement à faire de la musique en tant que Channel Tres, comment se sont passés tes premiers pas dans la production ?

J’ai fait mes premiers beats à l’âge de 20 ans, puis petit à petit je me suis mis à rajouter ma voix par dessus et de fil en aiguille je suis arrivé à la musique que je fais aujourd’hui. J’ai commencé principalement avec des sons de rap et de musique électronique, mais je m’essayais aussi à des sons pop, country… pas mal de choses différentes.

Tu as toujours fait de la musique tout seul ?

J’ai eu des expériences variées, j’ai fait partie d’un groupe. Le premier instrument que j’ai pratiqué c’était la batterie, on peut dire que j’en fait depuis que je suis né. J’ai également fait partie d’une chorale étant plus jeune.

J’ai aussi vécu dans un environnement très musical. Mon père est un musicien mais toute ma famille est plus ou moins dans la musique gospel.

Tu es également dj, est-ce une activité que tu vas délaisser pour te recentrer sur la partie live ?

Non, aujourd’hui il y a plein de djs, tout le monde est dj, et c’est quelque chose que j’apprécie car j’aime cette façon de jouer. Je continuerai toujours à être dj à côté.

Il y a quelques années, tu as vécu un tournant dans ta carrière d’artiste et c’est ce que raconte le morceau « Controller ».

« Controller » raconte ce moment où je me suis vraiment dit que je pouvais le faire, que je pouvais laisser les mauvaises choses derrière moi et me mettre à faire une musique qui parlerait à un dancefloor, qui me permettrait quasiment de le contrôler. Ce morceau raconte une reprise en main de ma vie, j’avais beaucoup de temps libre auparavant et à partir d’un moment j’ai décidé d’utiliser ce temps afin de m’y mettre à fond. A présent j’ai des journées très remplies, j’ai la chance de pouvoir avoir de nombreuses représentations, je contrôle beaucoup plus mon temps.

C’est probablement lié au fait que je grandis mais aussi que j’ai un loyer à payer, je dois survivre. Donc si je voulais y arriver, il fallait que je m’impose cette discipline. Mon rêve a toujours été de travailler en tant qu’artiste et pour ça il faut que je travaille dur.

Aujourd’hui tu es signé sur le label américain Godmode. Quelle a été l’origine de votre collaboration ?

Avant je produisais des morceaux tout seul dans mon coin et je les publiais sur mon compte Soundcloud (j’ai depuis retiré ces morceaux afin de marquer un nouveau départ). En parallèle, j’envoyais des emails à droite à gauche afin de trouver un label.

Il m’arrivait toutefois de produire pour d’autres artistes. Un d’entre eux m’a permis de faire le lien avec Godmode, et quelques années plus tard j’ai pu signer sur le label.

Ce soir c’est ta première date en France. Que penses-tu de la scène musicale française de façon générale, y a-t-il des artistes que tu suis particulièrement ?

Bien sûr, Christine & The Queens, Daft Punk … Ed Banger aussi, beaucoup de sorties du label me plaisent.

En parallèle de la musique, tu passes aussi du temps à faire du bénévolat, que fais-tu exactement ?

Pour moi il est primordial de faire en sorte d’aider les gens autour de soi lorsque quelque chose de bien nous arrive.

Je travaille avec des centres communautaires dans LA et je vais rencontrer des élèves afin de leur parler de mon activité artistique, répondre à leurs questions. Le but c’est de leur montrer qu’ils peuvent s’en sortir eux aussi.

Tu as pu franchir une étape importante dans ton activité musicale, avec notamment de belles dates à l’international. Y a-t-il un nouvel objectif que tu souhaiterais atteindre ?

Je ne me suis pas fixé d’objectifs, j’ai simplement beaucoup de travail à réaliser. Je peux tout à fait m’amuser et profiter de la chance que j’ai de vivre de ma passion, de jouer à l’international mais c’est mon travail, il faut que je continue d’avancer.

À plus court terme j’ai bien entendu des projets à finaliser, notamment « Black Moses » pour le mois d’août. En parallèle de la musique, j’ai aussi envie de faire plus de chose pour la communauté, de continuer le travail social !