L’annonce avait été tonitruante : Weather LSM fait son grand retour le 27 avril dans le joyau architectural de La Seine Musicale, sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt. 27 artistes, 4 projets inédits, 7 lives et 11 nationalités seront réunies pour 14 heures de son sur 3 scènes. Scénographie spéciale, acoustique parfaite, programmation du meilleur cru de ces dernières années… Nous rencontrons Brice Coudert, son directeur de programmation, pour vous livrer tous les secrets de ce retour très attendu. 

2019 signe le retour fulgurant du Weather, presque 3 ans après. Pour autant l’événement est signé « Weather LSM » et non « Weather Festival« . Quelles différences notables soulignes-tu entre celle-ci et les dernières éditions ? As-tu eu peur que les gens ne s’y voient pas « comme à l’époque » ? 

Au début de Weather, notre but était vraiment de « créer » un nouveau public en l’attirant avec des événements énormes en terme de jauge et de programmation. Et je pense sincèrement qu’on a contribué, avec d’autres organisations, à élargir le public parisien de manière exponentielle ces dernières années en faisant ça.

Notre but était aussi de montrer qu’il était possible de faire ce genre de gros évènements à Paris, pour montrer au public mais également aux institutions qu’on n’était plus vraiment à la traîne sur les autres pays, du moins en terme de popularité de cette musique. Dernière chose : on était une bande de jeunes débutant dans l’organisation qui avions subitement les moyens d’inviter les plus gros artistes au monde, et rassembler des dizaine de milliers de personnes sur un événement. On va pas se mentir, on a aussi fait ça pour se faire plaisir, et nous prouver à nous même qu’on était capable de le faire.

On s’est beaucoup mis en question avant de revenir, et en voyant la direction que prenait les autres festivals parisiens, on s’est demandé si un évènement de plus qui accumulerait les grands noms était vraiment ce dont Paris avait besoin aujourd’hui. Le public a beaucoup évolué, et recherche des choses plus pointues et plus « fraîches » que les habituels headliners de festivals. La question de la jauge s’est aussi posée. On est nous même des festivaliers avant tout, et on sait par expérience qu’une capacité mesurée est bien plus agréable pour vivre une vraie expérience. 

Donc oui, le Weather sera différent, mais non, je ne pense pas que les gens y perdront au change en terme d’expérience. Bien au contraire.

3 souvenirs marquants des premières éditions Weather ? 

Le premier Weather à Montreuil, malgré les problèmes que l’on avait eu avec le propriétaire de la salle qui nous avait mis dans une très mauvaise position. 16000 personnes dans une atmosphère apocalyptique et du coup inoubliable. Dans le délire « sale », on était assez bien servi sur cet évent.

La deuxième édition également. L’opening à l’Institut du Monde Arabe avec Underground Resistance, le main event complètement magique au Bourget, et le closing avec 3 Chairs sur l’Île Seguin.

Le Weather au Parc de Vincennes a aussi été très marquant pour nous, car probablement le plus pharaonique en terme de moyens, avec des performances comme le live de Derrick May et l’Orchestre Philharmonique, ou bien Matthew Herbert et tout son band. Je citerais aussi la fameuse Scène Printemps le samedi en mode minimal house toute la nuit, et le finish de Nina Kraviz au lever du soleil. 

© Weather Festival au Bourget (2016)

Et enfin, un quatrième, notre retour au Bourget en 2016. Un de mes meilleurs souvenirs. J’avais travaillé le vendredi puis avait fait la teuf en mode festivalier du samedi au dimanche soir et m’étais pris claque sur claque. Robert Hood en mode hip-hop, Egyptian Lover en live avec son MC, l’apparition du soleil après deux jours de grisailles pendant le set de Zip et Villalobos le dimanche après-midi… Juste magique.

En 2017, tu inaugurais le format Samedimanche à Concrete. Programmer 28 heures d’ouverture en continu revient en fait à organiser tous les mois un festival sur la barge. En quoi ton approche est-elle différente pour un évènement comme Weather ? 

Faire les bookings sur Concrete est un travail sur le long terme. Je dispose de plus d’une centaine de dates pour dire ce que j’ai à dire musicalement et inviter les artistes que j’aime. Pour les Samedimanche, vu qu’on en fait plusieurs dans l’année, je peux aussi me permettre de coller à une esthétique particulière par évènement, même si j’aime bien aussi mélanger les styles pour rendre les programmations moins évidentes.

Sur Weather LSM, j’ai une seule date pour m’exprimer. Même si la date dure 14 heures et qu’il y a quasiment 30 artistes sur le line up, j’étais tout de même obligé de faire des choix assez compliqués pour choisir les artistes. J’ai donc constitué une liste d’une centaine d’artistes que je trouvais les plus pertinents, et j’ai affiné pour ne garder que ceux qui correspondaient à ce que je voulais raconter sur chaque stage.

Peux-tu nous en dire plus sur le choix du lieu ? Quand on sait que la programmation n’est pas vraiment tournée vers les musiques électroniques, comment ça s’est fait ? 

On était en relation avec eux depuis un moment. On avait même fait une visite du lieu (avec Jeff Mills d’ailleurs !), avant même que les travaux ne soient finis. Le lieu peut sembler surprenant à première vue par rapport à ce qu’on eu l’habitude d’exploiter avant, mais en voyant les espaces et leur qualité, on a facilement imaginé ce qu’on allait pouvoir en faire. On s’est lancés.

© La Seine Musicale

La Main Room a beau accueillir les Victoires de la Musique et des concerts de ZAZ, on a trouvé les moyens et la scénographie pour en faire un gigantesque warehouse futuriste. Le nom de la room « Wormhole » (trou de ver) a bien été trouvé d’ailleurs, les gens vont y rentrer le 27 avril 2019 et en ressortir en 3022 façon Interstellar (rires). 

Le mot d’ordre ultime de cette nouvelle édition sera « défricheur » ? Selon toi, le public est de plus en plus exigeant ? 

« Défricheur » n’était pas forcément mon mot d’ordre en faisant cette programmation, car il y a aussi de très gros artistes comme KiNK, Alva Noto, Daniel Avery ou Red Axes

Mon challenge était plutôt de booker uniquement des artistes pertinents en 2019, qui ont vraiment fait des choses intéressantes ces dernières années et qui ne se reposent pas que sur une hype due à leurs noms et leur nombres d’abonnés sur Facebook et Instagram. 

Je me suis aussi interdit d’aller chercher des artistes à 90% en provenance d’Allemagne, du Royaume-Uni ou des autres grands viviers classiques de la musique électronique. On a donc pleins de pays représentés comme le Maroc, le Canada, la Corée, la Tunisie, Israël, la Bulgarie… Et même sur la grande part de français que l’on met en avant, l’idée était de ne pas proposer que des artistes parisiens, en équilibrant avec des artistes de province.

Il y a aussi eu une question de parité homme/femmes, que je ne me suis pas forcement posé dès le départ. Mais je diggue et booke tellement de femmes talentueuses à Concrete, que je me suis dit que ça pouvait être bien d’équilibrer le plateau au maximum pour montrer que c’était possible et proposer un line up varié à tous les niveaux (musique, provenance, genres etc…).

Sur quel(s) artiste(s) encore trop peu connu(s) du public parisien/français mises-tu pour cette édition ?

Lanark Artefax est pour moi le gros morceau. Björk l’adore et lui a fait faire l’opening de deux des se concerts, un remix, et joue ses morceaux dans ses rares DJ sets. Aphex Twin en est fan aussi. Ses performances sont extrêmement rares, et ça sera là sa toute première date parisienne : « the next big thing » comme disent les ricains.

Sinon, si vous aimez les grosses ambiances dancefloors bien intenses et bien festives, je vous conseille fortement d’aller checker le b2b d’Octo Octa et Eris Drew, et Djrum. Je peux vous promettre que vous n’allez pas du tout être déçus.

Également, venez tôt pour la Boiler Room ! Il y aura quatre artistes que j’adore : la coréenne Park Hye Jin en mode DJ set avec chant par-dessus, OKO DJ, le marocain OCB en live et mon coup de cœur : Gigsta.

Comment travaille t-on à faire venir des artistes qui ne se sont jamais produits à Paris ? (4 “PREMIERES” sur cette édition)

Pour Lanark Artefax c’est très simple, ça fait deux ans que je suis dessus ! Je pense que le booker savait qu’il risquait sa vie s’il le bookait ailleurs à Paris (rires).

Pour Park Hye jin, son EP qui cartonne sur Youtube est sorti en plein pendant la période où je terminais ma programmation. Elle n’avait pas de tournée de prévue en Europe, mais là aussi j’ai poussé auprès de son manager pour qu’il lui trouve d’autres dates pour la faire venir de Corée. Tout est une question de timing et d’harcèlement des bookers en fait ! (rires)

Tu as choisi de faire la part belle aux lives, c’était une évidence quand le format est présent quasiment chaque week-end à Concrete ? Lanark Artefax fera un notamment un live audiovisuel : selon toi, quel impact possède l’image sur le public ? 

L’image, quand elle est vraiment conçue pour appuyer la perfomrance musicale et calée dessus, apporte tout simplement une couche de sensation supplémentaire, qui peut être aussi forte que celle du son dans les oreilles ou des basses dans le ventre.

J’avais eu la chance de voir le live Uniequav d’Alva Noto à la Gaité Lyrique l’année dernière, et les effets visuels amenaient vraiment quelque chose en plus. Je ne veux pas trop en dire, mais à Weather LSM les projections vont être faites sur un écran d’une vingtaine de mètres de haut sur une vingtaine de mètres de large, avec une petite particularité bien fun en plus. Je vous laisse imaginer le gros voyage que ça va être.

Quand à Lanark Artefax, c’est un show hyper complexe déjà bien rodé qui a été le temps fort de tous les festivals par lesquels il est passé. Tryphème et Luxor viendront aussi avec des shows visuels sur mesure.

Côté acoustique, système son, scénographie, à quoi peut-on s’attendre pour métamorphoser un endroit aussi dingue ?

Avoir un son irréprochable était évidemment un enjeu primordial pour nous, d’autant que pour la première fois, nous sommes dans un lieu à l’acoustique parfaite. 

On aura la chance de proposer la nouvelle génération de Line Array de JBL, les VTX A12 pour les puristes, qui n’ont pas encore été utilisés en France sur des festivals techno. Avec notre équipe d’ingés son Décisions Acoustiques, on va régler tout ça au poil pour avoir une expérience sonore incroyable. 

Pour la scénographie, on a réussi à appréhender techniquement tous les espaces et différents volume de La Seine Musicale, la main room et ses 15 mètres de hauteur, la scène Blossom éphémère où il y aura entre autres la Boiler Room avec vue sur la Seine et la High/Light Stage qui aura un esprit plus club, avec la scénographie « Physis » de The Absolut Company Creation adaptée spécialement pour l’occasion (ndlr : autre que photo ci-dessous). 

© PHYSIS – The Absolut Company Creation

Plus généralement, on a pensé un parcours idéal au sein de la salle avec des espaces chill, des zones extérieures pour le fumoir et l’espace food, et surtout des scènes concentrées pour que le public puisse naviguer facilement et découvrir un maximum des artistes programmés dans un confort rare en festival. 

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