C’est l’un de nos paris en 2020. À l’heure où la scène est à l’arrêt depuis 9 mois, l’heure est tant au choix d’une retrospective des artistes que nous avons découvert, de mettre en avant ceux en qui nous avons confiance et d’ouvrir une page évidente à ceux que nous suivons depuis un moment. Le 118ème mix de notre chaîne Soundcloud est offert par Baz, un DJ de 22 ans à la capacité rare d’entraîner les foules avec son condensé riche de disco, house, italo disco et autres styles où l’émotion prime. 

Dans quel mood étais tu lorsque tu as enregistré ce podcast ?

Je venais de finir mon « Baz Morning Show » au Sacré, ma matinale où je mixe tous les derniers mardis du mois ! Je sortais de 3h de set, et j’ai tout de suite enchaîné avec l’enregistrement de ce podcast. J’étais bien fatigué à la fin, mais heureux surtout ! (rires)

Quel serait le moment idéal pour l’écouter ?

En soirée ou en after. C’est un set très club en mode montagnes russes, histoire de faire danser tout le monde dans l’appartement et embêter les voisins !

Quels sont les artistes / labels que tu as selectionnés ?

Pour faire plus simple, j’ai crée une playlist Youtube avec toute la tracklist !

Qu’est ce que ça te fait de faire partie de la « nouvelle génération » en termes de musiques électroniques ?

C’est assez dur de répondre car j’ai pris la décision d’être seulement DJ et non producteur pour l’instant. L’envie de produire n’est toujours pas présente mais j’ai envie de produire et de mettre en avant des artistes que j’aime beaucoup. Ce pourquoi je travaille beaucoup sur mon propre label qui reste très secret pour l’instant (rires).

Alors oui, à 22 ans faire partie de la « nouvelle génération » c’est quelque chose de particulier et à prendre avec des pincettes. Certes je commençais à avoir beaucoup de dates avant les deux périodes de confinement, j’ai joué à côté de grands noms et dans les plus gros clubs de Paris, mais pour moi ce n’est vraiment que le début du travail car il y a tellement de choses à faire et à découvrir ! Je vais bien entendu mûrir au fil des années sur mon travail de DJing et de sélections.

On te connaît pour ton affinité pour le disco et la house. Tu as le sentiment que la techno – comme sous-style des musiques électroniques – a pris une grande place en termes de mix ?

J’ai l’anecdote parfaite pour cette question ! Une fois j’étais en soirée où on me demande de mixer – évidemment j’accepte avec plaisir (rires). Je connaissais seulement deux personnes. Je commence à jouer et au bout d’une dizaine de minutes, une fille fonce sur moi les yeux étonnés, très surprise à l’idée que je joue de le disco, de la house et des choses happy. Pour moi ça veut tout dire !

Quand on entend le terme « musiques électroniques », certains pensent tout de suite à une musique sombre, dure, avec une masse totalement habillée en noir et drogués. Alors oui c’est cliché, mais pour tous ceux qui ne sont pas initiés à ce genre de musique c’est parfois la première image qui leur viennent en tête. À côté de ça, la techno est essentielle dans son histoire avec beaucoup d’artistes qui l’ont façonné et que j’aime énormément, et elle le mérite !

Tu es aussi régisseur général et son à La Rotonde Stalingrad. Qu’est ce que tu as appris en étant derrière la scène ?

À être plus mature, plus professionnel et à prendre confiance en moi. J’étais très jeune, et se retrouver responsable de cette mission dans un club qui tourne à 800 personnes, c’est très excitant et stressant à la fois (rires).

C’est vraiment une manière totalement différente de voir la nuit. Le fait de s’occuper du confort des DJs, de la sécurité, des problèmes du bar etc… Tu te rends vraiment compte que chaque personne qui travaille dans le club est aussi importante que le DJ qui est en train de jouer ! Chaque petit rôle est essentiel dans son fonctionnement et tout ça m’a permis de rencontrer énormément de gens différents, que ce soit la sécurité, les barmans, les serveurs, les DJs, les bookeurs… C’est aussi ce qui m’a permis d’écouter beaucoup de choses différentes.

Quelles sont tes influences musicales et est-ce grâce à elles que tu définis ton approche du DJing aujourd’hui ?

Je pense que j’en suis là grâce à mon frère indirectement. C’est quelqu’un qui a toujours été dans la musique dès son plus jeune âge, batteur, fan de rock et de disco. En voiture il imposait Nova et TSJ Jazz, je l’écoutais jouer de la batterie non-stop à la maison et j’allais le voir à ses concerts de rock. Plus tard, il m’a réellement fait découvrir les musiques électroniques en m’emmenait en soirée et j’ai fait mes premiers afters avec lui et ses potes, ce qui mixaient tous et m’ont fait aimé la House, la Deep, le Garage, le Disco. Sans lui je pense que je n’aurai pas eu la même sensibilité et la même ouverture d’esprit avec la musique. Hugo, je te remercie sincèrement !

Comment tu vois le DJing et la scène de manière générale aujourd’hui ? 

Pour moi il y a du très bon comme du mauvais en ce moment. Les clubs ne sont toujours pas ouverts donc c’est difficile d’avoir un regard sur la situation. 

Au fil des années je suis devenu assez exigeant sur le DJing, d’une façon somme toute humble et objective grâce à toutes les teufs que j’ai faite en tant que public, mais aussi comme DJ ou régisseur. J’ai vu des très belles choses comme d’autres qui m’ont un peu « attristé ». 

Sans tomber dans la philosophie ou la sociologie, déjà, qu’est ce que c’est « être DJ » ou « le DJing » ? Tout le monde n’a pas vraiment la même définition et c’est là que ça pose problème. C’est un métier où tout le monde n’a pas la même définition, pour certains ça sera quelqu’un qui doit faire danser le public, d’autres quelqu’un qui raconte une histoire avec sa musique à lui, que ça plaise ou non au public…

J’ai le sentiment que chaque style musical à sa manière d’être mixé. Que ce soit le disco, la house, la micro, la techno, la drum’bass ou même l’ambient, ce n’est jamais la même manière de mixer en terme de techniques, d’ambiance ou même de salle. Reste que je ne pourrais pas juger un set de drum’dass moi qui mixe du disco et de la house, car je ne ne suis pas assez calé sur cette musique.

On entend souvent le débat – inutile – « sélection ou technique ? » en parlant d’une condition à choisir pour les DJs. Ton avis ?

Finalement, pour moi, un DJ c’est quelqu’un qui est là pour mettre l’ambiance, choisit le bon son au bon moment, mais fait aussi découvrir des musiques à des gens qui n’auraient jamais eu l’idée d’aller les chercher. Arrêtons de parler ou d’engueuler un DJ parce qu’il a raté une transition ou que techniquement ça n’est pas « dingue », je laisse ça aux puristes et ça ne m’intéresse pas. Même Kerri Chandler (qui est une de mes sources d’inspiration et reste l’un des maîtres incontestés de la house) « rate » parfois des transitions, et pourtant mais on ne va pas dire que c’est un mauvais DJ !

Je pense que beaucoup de DJs oublient malheureusement qu’en face d’eux il y a un public, et que l’objectif reste de les les faire danser, tout simplement. J’ai déjà vu des DJs faire des « fiches » de leurs sets qu’ils gardent méthodiquement à côté d’eux, avec une tracklist dans l’ordre à respecter absolument, sans souci d’imprivation. Le set est carré, zéro transition ratée, mais aucune « ambiance » ou prise de risque. C’est ce que j’aime bordel !

Regarder la foule, être avec eux, danser avec eux, transpirer à l’idée de se dire « est-ce que si je joue ce morceau, maintenant, ils vont aimer ? » Passer d’un morceau disco à une track acid, tenter le mode montagnes russes, et surtout me connecter avec le public. C’est le plus important. Grâce au théâtre et aux Cours Florent, ma formation initiale, j’ai réussi à comprendre ce que ça fait d’être sur scène et de jouer et de devoir donner une émotion au public. Sans aucune prétention c’est l’émotion que je recherche et mon objectif à chaque fois que je vais jouer, que ce soit en warm up, en peak time, en closing ou même devant 3 personnes. Je dois leur faire ressentir quelque chose.

C’est vrai que le théâtre et le mix ont la « scène » en commun. 

C’est pour ça que je me suis crée un personnage qui s’appelle « Baz », où je met en scène, où je joue avec le public, et c’est ça qui me rend heureux et me transcende !

Finalement, ce qui m’anime c’est le digging. C’est un tout petit point pour certains mais que je trouve important. Beaucoup de DJs jouent la même chose sans écouter les autres… Combien de fois j’ai entendu le même track à une même soirée, le même track joué par plusieurs DJs.

Maintenant on joue des bangers qui sont et restent des morceaux excellents, il faut les jouer, mais je préfère la prise de risque, c’est ce qui m’intéresse vraiment. Ça me donne encore plus envie de chercher au plus profond d’internet pour sortir le morceau inconnu au bataillon qui fera crier le public ! La quête du son ultime : voilà ce que je conclus du boulot de DJ sans tomber dans le purisme (rires). 

Vous pouvez suivre Baz sur Facebook, Soundcloud et Instagram. Chaque deuxième mardi du mois, le club Sacré invite Baz pour sa session de 3h Baz Morning Show