Photo à la une © USSI’N YALA

En DJ set à Nancy ce samedi 9 octobre dans le cadre du festival Nancy Jazz Pulsations, Anetha est l’une des révélations techno de ces dernières années. De ses premiers pas à Concrete jusqu’à la création de son label Mama Told Ya et de son agence Mama Loves Ya, la DJ française revient sur son parcours aussi impressionnant que fulgurant. Rencontre.

L’événementiel a été à l’arrêt pendant 1 an et demi. Donc première question, mais pas des moindres : comment vas-tu ?

Anetha : Ça va ! En réalité, cette crise sanitaire m’a permis de mieux cerner mes propres attentes. Quand bien même, je n’étais pas la plus impactée car ma carrière avait déjà bien décollé avant. Dans un sens, ça m’a été bénéfique. J’ai eu le temps de réfléchir à ce que je veux, notamment en termes de tournée. Ça m’a permis de me remettre en question en tant que DJ et productrice. Évidemment, c’était aussi le moment opportun pour lancer mon label Mama Told Ya et en approfondir la structure.

Revenons à tes débuts. Tu as commencé ta carrière de DJ professionnelle à Londres en 2013 notamment au Corsica Studios. Tu as très vite joué dans des salles notoires de Paris comme le Rex Club, Concrete ou encore La Machine du Moulin Rouge. Puis à l’étranger au mythique Bassiani à Tbilissi, Berghain à Berlin, DeSchool à Amsterdam, Fuse à Bruxelles… Quels sont les clubs qui t’ont le plus marquée ?


Anetha : Concrete a été un déclencheur pour moi. Mes premières dates sur la péniche m’ont donné envie de faire de la musique techno mon métier et m’ont permis de lancer ma carrière. Ce que j’adorais, c’était leur format after qui durait toute la journée le dimanche. Pouvoir jouer de la techno en journée un dimanche, c’était plutôt nouveau à Paris. Ça émergeait seulement et ça cassait les codes du club traditionnel. 

3 ans après mes premières dates à Concrete, j’ai eu l’immense honneur de jouer au Berghain. C’est arrivé très tôt dans ma carrière, pourtant c’était mon but ultime ! (Rires) L’énergie qui se dégage du dancefloor est tout simplement incroyable et la scénographie exceptionnelle aussi.

Et comment ne pas évoquer le Bassiani en Géorgie ? C’est un bâtiment au style brutaliste localisé sous un stade de foot où le dancefloor est une ancienne piscine olympique. C’est un club à la fois majestueux et pourtant intimiste. La spatialisation avec les lights est impressionnante !

As-tu un club en tête dans lequel tu aimerais jouer ?

Anetha : Au Basement à New-York et au Macadam à Nantes où on va faire une soirée Mama Told Ya ! 

Par la suite, tu as enchainé sur des festivals de renom : Dour, Weather, DGTL, Soenda… Prépares-tu tes sets différemment selon si tu joues en club ou en festival ?

Anetha : Je ne fais pas forcément la distinction entre club et festival. Ce qui m’importe beaucoup dans la construction de mes sets, c’est la durée. Si je joue longtemps, je vais pouvoir créer une histoire et jouer une techno plus mentale. En revanche, si je suis bookée pour un set d’une heure à Dour par exemple, je vais envoyer banger sur banger ! (Rires) Parfois, ça me manque de ne pas jouer des longs sets de 6 ou 7h d’affilée. Ça te permet vraiment de rentrer dans une sorte de transe et d’emporter les gens avec toi.

En 2019, tu fondes ton propre label Mama Told Ya avec 4 releases à ton actif. Tu signes des talents comme ABSL, Hadone, Sugar ou encore UFO95. La démarche de curatrice rejoint-elle celle de selector ? Et en quoi elles diffèrent ? Comment repérer un potentiel chez un artiste ?

Anetha : Clairement, les deux démarches se rejoignent. Toutefois, je ne vais pas forcément signer sur Mama Told Ya des tracks que j’aimerais jouer en club. Sur la dernière compilation MTY : Eau, je me suis octroyée ce plaisir de choisir des projets expérimentaux plus adaptés à une écoute personnelle à la maison. Lorsque je signe un artiste, je vais être plus attentive à sa personnalité que quand je choisis un track pour mon prochain set, évidemment. Je m’assure avant tout que l’artiste partage les valeurs du label tels que l’éco-engagement ou encore le féminisme… Il faut que l’artiste soit une belle personne avant tout. 

Rapidement, tu lances ta propre agence de booking Mama Loves Ya et aspire à rendre l’industrie plus verte. Qu’est-ce qui te rend optimiste sur ces sujets d’engagement ?

Anetha : Déjà, je suis consciente que rien n’est parfait. Je ne suis pas dans cette optique de faire les choses bien à 100%. Toutefois, je me dois de donner le meilleur de moi-même et de réaliser tout ce que je peux en faveur de l’écologie à mon échelle. Avec la reprise de l’activité, j’essaye d’analyser la réaction des promoteurs face à nos demandes d’eco-riders par exemple. Pour l’instant, c’est plutôt encourageant. Les clubs jouent le jeu et j’ai l’intime conviction que c’est voué à évoluer dans le bon sens. Je constate déjà que certaines choses sont réalisables : prendre le train plutôt que l’avion, limiter la consommation de plastique, privilégier les talents locaux, partager les transports, avoir des repas végétariens.

Avoir des exigences écologiques, c’est faire un premier pas vers une industrie plus responsable. Par exemple, je devais avoir une tournée en Amérique du Sud et une autre en Amérique du Nord à quelques semaines d’intervalle. Avec mon équipe, nous avons travaillé sans relâche pour regrouper les deux tournées afin de diviser de moitié mon empreinte carbone. Je ne ferai qu’un aller-retour, ce qui est plus logique et responsable.

La direction artistique visuelle de ton label et de ton agence est très futuriste avec une identité forte qui se reconnaît au premier coup d’œil. Quelle place accordes-tu à l’esthétique dans tes projets ?

Anetha : En tant que diplômée d’architecture, j’ai toujours accordé une grande importance à l’esthétisme. C’est aussi tout l’intérêt de monter son propre label : pouvoir exprimer ses goûts, collaborer avec des artistes de différents horizons. Concernant Mama Told Ya, j’essaye d’axer la direction artistique autour du thème principal du label : l’enfance. Mais je choisis toujours des artistes avec une vibe futuriste pour repousser les limites de la création. J’ai également la volonté de me détacher de cette pensée commune qui voudrait que la techno soit sombre. Je veux de la couleur ! (Rires)

© Julien Bernard

D’ailleurs, on te voit souvent avec des vêtements de créateur comme Marine Serre. La mode semble être un de tes autres terrains de prédilection. Quel serait ton projet idéal en termes de collaboration avec un autre domaine artistique ?

Anetha : Justement, je suis allée au défilé de Marine Serre récemment. Elle n’a pas fait de défilé mais a diffusé un film. Ça pourrait être un immense défi de réaliser une bande sonore sur mesure pour sa prochaine campagne ! En plus, Marine Serre a des engagements écologiques qui rejoignent ceux que je mets en avant avec Mama Told Ya. 

Samedi 9 octobre, tu joues à L’Autre Canal à Nancy dans le cadre du festival Nancy Jazz Pulsations et la soirée est déjà sold out ! Allez, pour nos lecteurs du Grand Est : tu nous prépares quoi ?

Anetha : Je joue à une Boiler Room la semaine suivante donc la date à L’Autre Canal sera l’occasion parfaite pour tester mon set ! (Rires)