Depuis près de 10 ans, l’équipe derrière l’agence Rotary se bat pour défendre les droits de plus de 60 artistes et labels indépendants de la scène électronique française. Entre enjeux, difficultés et travail indéfectible, rencontre avec une équipe de passionnés.

Il est de ces agences qui opèrent dans l’ombre et que l’on souhaite mettre en lumière. Couteau-suisse multi fonctions au service de la scène électronique française, l’agence Rotary est l’une d’elles.

Rotary, c’est d’abord deux labels (Automatic Writing et Rotary Phono Lab) sur lesquels sont signés des artistes comme Gab Jr, Charonne, Sweely et plus récemment Romain Azzaro et Aboukir (le nouvel alias de Flabaire).

L’agence abrite aussi une maison d’édition avec une cinquantaine d’artistes, dont la liste ultra-extensible a de quoi donner le vertige : Shlømo, Trym, Hadone, Mézigue, Sweely, Molly, LB aka Labat, Paul Cut, I Hate Models, AWB, Pit Spector, Ark, Le Loup, Gabriel, Guillermo Jamas, Siler, Marcelo Cura, Marwan Sabb…

Grâce son travail de conseil, c’est aussi avec des labels implantés que Rotary travaille aujourd’hui, comme Taapion, Possession, Raw, Hotel Costes presents Studio HC, Logistic Records, Telegraph Records ou encore Welcome To Masomenos, scellant son rôle déterminant dans la professionnalisation croissante de la scène underground ces dernières années, en France et à l’étranger.

Le combat engagé des droits d’auteur

Le projet se lance en 2012, quand Stéphane De Saint Louvent, Cédric Gaudard et Nicolas Donnève fondent TraxAir. La start-up s’attaque alors à un problème de taille : s’assurer de la bonne redistribution des droits d’auteurs collectés dans les clubs et festivals plus intimistes directement aux artistes. 

« Il y a dix ans, les DJs devaient encore remplir des tracklists sur des feuilles de papier à la fin de leurs prestations. », raconte Cedric. Avec TraxAir, le trio veut faciliter le processus et développer un système de reconnaissance musicale dans les clubs, assez performant pour identifier automatiquement les morceaux joués et les envoyer aux sociétés de gestions de droits d’auteur. 

Studio HC/Masomenos

En décidant de mettre ses connaissances au service de ces DJs et producteurs émergents, TraxAir donne naissance à Rotary. En quelques mois, l’agence commence à gérer les droits d’auteur d’une quinzaine d’artistes, un fait rare à l’époque dans une scène florissante où les artistes de musiques électroniques commencent à fourmiller.

« On a fait ce constat : la majorité des DJ/producteurs français des scènes dites « underground » ne gèrent pas leurs droits d’auteur, ne sont pas inscrits à la SACEM ou dans d’autres sociétés de gestion collective, ne signent que très peu de contrats avec les labels sur lesquels ils sortent. », précise Stéphane. Ce constat, c’est que tou·te·s ces DJs et producteurs·trices sont aussi des compositeurs·trices, et doivent récupérer des droits auprès de la SACEM lorsqu’ils·elles font un live ou jouent leurs morceaux dans un DJ set. 

Dans la pratique, Rotary joue de fait le pivot entre ces deux entités fondamentalement rattachées. « Cela passe par beaucoup d’éducation et de vulgarisation pour expliquer clairement le fonctionnement du droit d’auteur qui est complexe, et a longtemps été mal expliqué aux artistes électroniques. Certains ne prennent pas assez en compte les spécificités de leur musique, de ses lieux de diffusion et du manque de formation musicale « traditionnelle »  de ses créateurs. Quand on a fait le conservatoire, on a plus de notions de ce qu’est la SACEM. En revanche, ce n’est pas écrit dans la notice de la 909 ou du SH101… », plaisante Stéphane. En 5 ans, la liste des artistes français et internationaux est devenue impressionnante, et ce sont près d’une demi million d’euros qui ont été répartis ces dernières années. 

Porter une scène fragilisée 

Arrive 2021. Face à une crise sanitaire-surprise qui frappe de plein fouet, la scène s’ébranle et se retrouve réduite à un quasi-silence de terrain. Les clubs ferment, les festivals s’annulent, les dates disparaissent. C’est là que le travail de fond entamé par Rotary prend alors tout son sens.

Avec des plateformes comme Bandcamp et l’arrivée du projet Underscope, les mentalités évoluent. Mais pour Guillaume Jamet aussi DJ sous le nom Guillermo Jamas et dernier maillon du projet, tout reste à construire. « Il y a en encore trop peu de structures qui accompagnent ces artistes dans la gestion de leurs droits et de leur carrière, et trop d’artistes vivent encore quasi-exclusivement des revenus générés par les cachets des tournées en club et festival… », explique-t-il.

Dans un contexte de crise, cette lacune peut en effet coûter cher aux artistes indépendants qui la font vivre. « Le risque de voir beaucoup d’acteurs disparaître n’est pas négligeable. », s’inquiète Guillaume. « Notre rôle est de s’assurer que grâce à leurs revenus SACEM, au placement de leur musique dans des pubs ou des films jusqu’à de l’optimisation fiscale et à la gestion de leur carrière comme celle d’une entreprise, on leur permette de tenir le coup dans cette mauvaise passe et de se développer plus sainement et sereinement dans le contexte de reprise à venir. »

Un poids en moins pour les artistes

Démarches administratives et juridiques liées à leur activité, optimisation de leurs revenus et développement de leur carrière dans un contexte toujours plus complexe et compétitif, mais aussi conseil juridique, gestion comptable, administration des droits d’auteurs, demandes de subventions, management de label, négociation de contrats… La liste des services de Rotary évolue et porte le pouls d’une scène qui doit se battre pour obtenir ses droits.  

« Depuis 2015, Rotary m’accompagne dans la gestion de mes droits, de mes labels (Taapion et Saike) et mon management. Ce n’est pas facile de se professionnaliser dans ce milieu et ça a été pour moi un vrai plus d’avoir une équipe derrière moi pour m’aider à me structurer et faciliter le développement de ma carrière. », raconte Shlømo, DJ et producteur techno parisien établi. Même constat pour son homologue à l’ascension fulgurante, Trym, qui travaille main dans la main avec cette équipe « professionnelle, disponible et toujours à l’écoute » en l’aidant à construire sa carrière.

Shlømo

Pour la DJ et productrice Molly, c’est aussi un véritable soutien qu’apporte Rotary dans les démarches administratives d’enregistrement et de gestion des droits d’auteur de ses œuvres. « Grâce à leur travail, je peux garder ce temps pour travailler sur ma musique, l’esprit tranquille… Leur activité s’étant développée, j’ai également mis un pied dans le sound-design, chose que je n’aurais jamais pu imaginer faire faute de contacts. », explique-t-elle. 

« À la fois dynamiques et créatifs dans leur approche de la gestion de label et des éditions, Cédric Stephane et Guillaume se sont révélés extrêmement efficaces, organisés, motivés et encourageant, nous laissant ainsi nous épanouir dans notre démarche artistique. », confirment également le duo Masomenos. 

Films, publicités et contenus de marques

Bien avant l’avènement du livestream ces derniers mois, bulle échappatoire de la scène qui veut continuer à se produire, Rotary s’est aussi spécialisée depuis deux ans en agence de supervision musicale et met en relation les compositeurs avec des professionnels de l’audiovisuel. C’est au service des médias, réalisateurs, marques et créateurs de contenus que Rotary conseille son catalogue d’artistes et labels de musiques électroniques « underground » pour créer la bande-son de films publicitaires, longs et courts métrages, fictions TV, web content ou encore jeux vidéos. 

« Il y a encore à peine une décennie, la musique électronique n’était pas valorisée à sa juste valeur comme un vrai courant musical majeur », ajoute Cedric. « On la retrouve partout aujourd’hui, que ce soit dans des pubs, des films ou des défilés de modes… En comparaison avec les musiciens de formation classique, les artistes de musiques électroniques ont l’avantage d’être de véritables couteaux suisses, aussi à l’aise devant leurs boîtes à rythme qu’en studio ou derrière leur table de mixage. Ils sont capables de finaliser à eux seuls des morceaux complexes et pleins d’émotions. » En somme, des orfèvres créatifs dont la capacité de travail rend leur candidature idéale et valorisante.

Dernier projet en date, le label, Rotary Phono Lab, vient compléter ce développement comme une plateforme d’expression dédiée à soutenir les artistes issus des scènes électroniques et actuelles, engagés à s’aventurer au-delà des frontières de la musique club. Du rock alternatif au classique contemporain, en passant par le hip-hop, le future jazz ou la musique ambient, le label travaille sur les albums fraîchement sortis de Romain Azzaro (dont l’incroyable performance live est à visionner ici) ou encore Aboukir, l’alias de Flabaire, que nous interviewons il y a quelques semaines) et enfin la BO du long métrage Hubris composée par Paul Behnam.

Soutien sans failles de la scène électronique, la lumière est maintenant pleinement faite sur Rotary autant que celle qu’elle pose sur tous ces artistes depuis 10 ans. 

Vous pouvez suivre l’aventure Rotary sur Facebook et sur le site internet

ARTISTES

Amandra / Ark / AWB / Ben Neville / Blame The Mono / Bruno Pronsato / Cesar Merveille / Charonne / Dandy Jack / Dave Aju / Flabaire / Gab Jr. / Gabriel / Guillermo Jamas / Hadone / I Hate Models / Jaess / Larry Houl LB aka Labat / Le Loup / Lee Burton / Lemos / Leo Pol / Loop Exposure / Lowris / Marc Bianco / Marcelo Cura / Marwan Sab / Masomenos / Maxime Iko / Mézigue / Molly / Mud Deep / Myako / Nelson / Nummer / Ovend / Paul Cut / Pit Spector / PVNV / Remco Beekwilder / Rouge Mécanique / S. Moreira / San Proper / Sandro / Seuil / Shcaa / Shlømo / Siler / Sweely / Tom Ellis / Trym / Vadim Svoboda / Vitess / Wallis / Zadig

LABELS

Automatic Writing / Hôtel Costes presents Studio HC / Logistic Records / Millenium / Possession / Raw / Rotary Phono Lab / Rouge Mecanique Musique / Saike / Taapion / Welcome To Masomenos.