180gr Digger est un un concept imaginé par N-Zino (Résident des soirées Rebirth), qui consiste à faire jouer des djs dans des marchés locaux italiens , les sets étant retransmis en live sur Facebook et disponibles en streaming sur YouTube. Telle une Boiler Room « à l’italienne ». Ce concept a pour but de mettre à la fois en valeur : le vinyle, le matériel analogique , les artistes de la scène locale, et la culture italienne. Toutes ces idées se croisent pour se retrouver dans les marchés, hors du contexte habituel des clubs ,dans un endroit à la fois authentique, et qui valorise le territoire. « 180gr le poids du vinyle, les valeurs du territoire » tel est leur adage, se donnant ainsi pour mission de valoriser la consommation locale sous toutes ses formes. 

Nous avons rencontré N-Zino, le fondateur de 180gr digger.

  

Comment vous est venue l’idée du concept de 180gr Digger ? Pourquoi avoir choisi comme lieu le marché ?

Tout est parti du désir de redécouvrir la beauté du vinyle, de son son à la fois brut et pur. J’ai réfléchi à des performances basées uniquement sur de l’équipement analogique : un tourne-disques et une table de mixage Rotary Rane.

En réfléchissant à un lieu qui pourrait incarner l’esprit du vinyle, nous avons choisi le marché local comme une métaphore du retour aux origines, aux sons analogiques, aux sons liés aux territoires. Nous voulions nous exprimer dans un contexte qui ne soit pas lié directement à la musique. Nous avons donc essayé de trouver un moyen de parler du vinyle à la lumière du jour, dans des heures non habituelles et auprès de gens qui sont loin de l’ambiance des clubs.

C’était une idée un peu folle et courageuse mais qui a vraiment fonctionné. Les marchés locaux se sont révélés être d’excellents endroits pour accueillir des DJ sets !

Quel est votre but et votre mission chez 180gr ? Est-ce de mettre en avant le « produit » de la scène de la musique électronique locale, ainsi que sa gastronomie ? De pousser les gens à manger (et à écouter) localement ?

Avec 180gr nous voulions raconter l’histoire de nos cultures locales, les couleurs, les sons et les saveurs des endroits qui sont les plus authentiques dans nos villes. Nous voulions impliquer un large public grâce aux moyens digitaux et aux réseaux sociaux. L’analogique et le digitale font finalement partie de la même réalité et ensemble, ils peuvent nous aider à atteindre de plus grands objectifs. Dépasser les limites du temps et de l’espace, en rendant accessible à tous et à toutes l’histoire des endroits que nous visitons et mettre en valeur une musique depuis trop longtemps archivée.

Nous ressentons le fait que nous exprimons un besoin collectif de redécouvrir nos origines.

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Quelles sont les réactions et les relations que vous avez, à la fois avec le public présent dans les marchés et les professionnels qui y travaillent ? Comment le public réagit-il à la musique et à la performance des djs, sachant qu’ils sont donc, comme dit précédemment, souvent très loin des genres que sont la House ou la Techno ?

J’ai toujours cru en l’universalité du langage de la musique. Nos djs sets le confirment. De plus, le choix d’inviter des djs locaux nous a permis d’offrir des sons authentiques liés d’une façon ou d’une autre au lieu où ils sont joués.

Les vendeurs locaux et les consommateurs ne nous ont jamais considérés comme une nuisance. Chaque évènement de 180gr a rencontré beaucoup de succès, précisément auprès de personnes très éloignées du monde du club.

Comment les djs s’adaptent-ils au public ? Adaptent-ils leur set ? Aiment-ils jouer pour ce genre de public ?

Les djs qui ont joué pour nous jusque-là ont pour l’instant passé un très bon moment de partage avec les usagers réguliers des marchés. Évidemment le choix musical prend en compte le respect que nous avons pour les lieux où nous jouons. Nos djs ont choisi des morceaux adaptés au spot, en harmonie avec le contexte particulier et qui ont contribué à exprimer son aspect « typique ». Je dois dire que tous les djs ont eu beaucoup de plaisir à jouer avec nous. Il suffit de regarder nos vidéos qui capturent l’atmosphère unique présente à chacun de nos évènements.

On a compris que le vinyle était une composante essentielle de votre projet (les djs jouant uniquement sur vinyle), s’apparentant à un produit frais. Pourquoi vendez -vous « l’objet vinyle » ? Est-ce une question de symbole ? Trouvez-vous que c’est plus authentique ?

Nous aimons le vinyle, d’abord car sa sonorité est plus chaude et authentique que le son créé dans un studio ou avec des consoles digitales. En effet, de plus en plus de label ont décidé de rééditer des vinyles à la fois d’anciennes et de nouvelles tracks. De plus en plus de personnes ont l’air d’apprécier le son d’un bon disque physique. De surcroît, il y a eu une chute phénoménale dans la vente des CDs, due à l’explosion de médias tels que iTunes ou Soundcloud.

Pouvez-vous, pour les lecteurs français, nous faire un petit état des lieux de la scène italienne en ce moment ?

La scène italienne est très fragmentée et il y a de très fortes réalités techno d’une part, et d’autre part des réalités commerciales encore plus fortes. Depuis plusieurs années, la scène se dirige vers des styles comme le boogie, le funk et du disco rare. Il y a de plus en plus de dialogue à travers le territoire national entre les différents producteurs, davantage de djs , de promoteurs qui font un super boulot. Nous recommençons à proposer de la cosmique-disco et de l’italo-disco. Des genres nés ici en Italie, mais qui pendant des dizaines d’années ont presque été considéré comme de la musique « poubelle ». Pourtant les allemands nous l’ont paradoxalement fait aimer et mis de nouveau en valeur.

C’est un point important sur lequel nous devrions plus nous concentrer. Abandonner notre côté xénophobe dans le sens négatif du terme, dans un déni de tout ce qui est local. Je pense que dans la musique on devrait avoir une meilleure capacité d’écoute et de jugement pour ne pas tomber dans des modes stériles.

Comme vous le savez peut-être, la scène française subit depuis quelques temps un renouveau, avez-vous des labels, djs ou producteurs que vous suivez ou écoutez en ce moment ?

Je pense que depuis toujours, et pas seulement dans la house, la France est l’un des acteurs majeurs de la scène musicale globale, même si il est vrai qu’en ce moment il y a une ferveur particulière pour la house… J’aime énormément le label de Pascal Rioux, Favorite Recordings.

Enfin, pouvez-vous nous vendre 180gr comme vous nous vendriez vos meilleures tomates en 3 tracks ?

« Lucio Battisti – Il Veliero » un produit local classique. « I Can Not Let Him Down » de Love Unlimited (Mighty Zaf edit)« .. parce que la qualité des produits classiques ne s’estompe jamais. Enfin « Marvin » d’Acid Pauli… quand la tradition rencontre la modernité, cela peut être une combinaison explosive.

180gr : FACEBOOK / YOUTUBE

Crédits : Toutes les photos et vidéos ont été publiées avec l’aimable autorisation de 180gr Digger