Il y a un an, le DV1, un des premiers club électro de Lyon, fermait ses portes. Lieu emblématique du paysage culturel lyonnais, lieu de vie, de rencontres humaines et hôte d’incroyables artistes comme tremplin de jeunes pousses, le club, créé en 2002 au 6 rue Roger Violi, s’est peu à peu développé à une échelle internationale. Ouvert à un large spectre de la musique électronique, le lieu est devenu synonyme de rassemblement, de diversité et de liberté pour tous ceux qui en foulaient son dancefloor. Un an plus tard, hommage avec eux qui en ont été les témoins-clés : Yvan, le patron du DV1, Arthur, directeur artistique du collectif XLR Events et JM, co-fondateur du label Carton-Pâte Records.

Parmi les témoins et acteurs-clés de cet établissement qui restera dans les mémoires, Arthur alias « Tutti« , directeur artistique du collectif XLR Events, se souvient de ce patron authentique qui a été le premier à faire confiance au collectif à Lyon. « Quel lyonnais qui bouge en soirée techno/house n’est pas allé au DV1 ? Combien de fois tu t’y retrouvais le vendredi ou le samedi sans avoir la moindre idée de la prog mais l’assurance de bon son et d’ambiance unique ?« 

Dès le début, il accepte de cultiver l’éclectisme du crew et de conserver cette envie de s’ouvrir à plusieurs horizons musicaux. « Nous avons toujours suivi notre idée de produire des soirées dans des lieux différents et avec une programmation variée. Nous ne voulions pas faire un « genre musical » unique. Sûrement à tort, car parfois des gens « pointus » nous disaient « XLR c’est super ce que vous faites, mais vous n’avez pas d’identité très précise ».  On ne l’a jamais caché et c’est justement ce qui est aussi apprécié par le public. Pour moi, la musique électronique est synonyme d’ouverture d’esprit et l’ADN de nos soirées en est le reflet !« . L’an dernier, de septembre à novembre, le collectif invite ainsi Darius & Dabeull au Petit Salon, Claude VonStroke à l’Ayers Boat ou SLAM en live et Charles Fenckler au Club Transbo. Les trois soirées sont un carton, et permettent d’inviter au DV1 des artistes comme wAFF ou Hector Couto (plutôt axé tech house) mais aussi Bjarki, Regal, Markus Suckut dans une techno bien plus dark, ou Cio D’or, une vraie ovnie de plus de 60 ans.

Il y 5 ans, Yvan comprend le concept et les valeurs des événements XLR, apprécie leur travail acharné et installe une collaboration pérenne entre les deux entités. Arthur alias « Tutti« , son nom de scène, devient résident du club et invite des artistes et coups de cœur personnels à venir jouer au DV1. « J’ai appris à connaître l’homme, et une relation de confiance et de respect mutuel nous lie depuis. On continue d’échanger régulièrement. » Outre l’affaire des plumes (à lire dans l’interview d’Yvan), la complicité devient réelle. « Je l’appelais « la saumure, c’était devenu son nom de code (rires). Une fois j’avais imprimé une cinquantaine de masques « Yvan » en papier qu’on a distribué dans la soirée et collé partout dans le club. J’ai dû me retourner une bonne dizaine de fois pendant mon set en pensant que c’était lui qui me zieutait par derrière. » Un état d’esprit familial, un brin déjanté, grâce à « Greg, Titi, Sophie, Anne So, Oliv pour ceux qu’on a le plus connu, qui faisaient du super taff et surtout qui supportaient Yvan. »

De toutes ces vannes naît le morceau Tutti & JM ft Yvan DV1 – « Ticket Conso » (Original Mix), une dédicace subtile à Yvan dont la voix enregistrée n’est autre que la sienne, récupérée et samplée à partir d’un message  vocal laissé sur le portable de Tutti. Un titre évocateur, « Ticket Conso », réminiscence des tickets pour consommer « qu’Yvan donnait « gracieusement » aux artistes et au staff. On retiendra ce genre de phrase quand tu organises la soirée et que tu ne sais pas s’il faut rire ou pleurer au moment d’ouvrir : « Vous êtes 5 en staff ce soir, donc je vous mets 5 tickets conso. » Le morceau, disponible en téléchargement gratuit, constitue une sorte d’hommage à l’établissement un an après sa fermeture.

Autre témoin de l’aventure DV1, JM, co-fondateur du label Carton-Pâte Records, se souvient de sa rencontre avec Yvan. « Je suis arrivé sur Lyon il y a quatre ans, sans réelle intention de faire partie intégrante du paysage culturel, mais j’avais quand même envie que les lyonnais découvrent et s’intéressent à ce qu’on faisait avec Carton-Pâte Records. » Yvan est le premier à leur donner une chance en leur offrant la direction artistique d’un jeudi puis d’un vendredi. « J’avoue avoir pris une bonne grosse claque quand ils ont annoncé la fermeture. » Un an après, c’est donc tout naturellement que JM n’hésite pas une seconde à participer à la collaboration sur le track « Ticket Conso« . « Je suis proche des gars d’XLR Events qui adoraient faire des surprises à Yvan pour le rendre complètement marteau. Un jour, Arthur m’appelle et me dit « Yvan m’a laissé un message sur mon répondeur… on s’en sert pour une collab? ». J’ai explosé de rire et on s’est mit au boulot. On ne savait pas vraiment ce qu’on allait en faire, puis on a pensé qu’on était bientôt à la date anniversaire de la fermeture. C’est un bel hommage. »

Interview Yvan (Directeur du DV1)

Comment faisais-tu pour ramener des DJs internationaux dans un club si intimiste ? C’était devenu un « must do » à Lyon pour tous les artistes ?

(Rires) Le secret, c’était de faire des gros chèques aux artistes ! C’est vrai qu’avoir une programmation ambitieuse a toujours été l’une des priorités du club. Voir et entendre de grosses pointures internationales avec la proximité que procure un petit club de 300 places comme le DV1 permettait souvent à la mayonnaise de prendre. Rien de mieux qu’un échange direct entre le public et l’artiste pour que ce dernier veuille donner le meilleur de lui et qu’à l’inverse le public lui rende en brûlant le dancefloor. D’un seul coup, tu ne joues plus pour une masse anonyme mais pour tel et tel jeune raver en face de toi. Un véritable échange d’énergie !

C’est pour ça que les artistes internationaux aimaient venir jouer au DV1. Certains acceptaient même de faire des efforts sur leurs cachet compte tenu de la petite jauge du club pour permettre au booking de se faire. Et puis les artistes communiquent énormément entre eux, nous avons toujours fait le maximum pour qu’ils se sentent bien accueillis.


Tu as quelques anecdotes sympa sur les grandes pointures américaines qui sont passées au DV1 ? J’imagine que certains t’ont fait rêver !

Pas que ! (rires). Ce qui c’est passé entre les murs suintants du DV1 doit rester au DV1 ! Globalement, tous les ricains ont été super sympas, très humains et faciles d’approche. Mention spéciale pour un mec trop rare comme Eddie Flashin Fowlkes qui est resté deux nuits à Lyon et avec qui j’ai partagé de super heures de discussion sur la vie en général et la sienne en particulier, à Détroit ! Ou encore l’excellent Chez Damier qui, après avoir fait un set vibrant, est venu s’asseoir sur le caisson de basse de l’arrière de la salle pour écouter le DJ qui jouait derrière lui. Il faisait des hugs à tout le monde ! Lorsque tout le public est parti et que nous étions entrain de nous taper le ménage, il a reprit les platines pour jouer un tout nouveau morceau qu’il avait travaillé la veille à Paris ! Un délice.

Mon ami Alan Holdham aka DJ T 1000, un des rares à être venu jouer deux fois au club et avec qui j’ai partagé un repas du 31 décembre intimiste et en famille. Un très bon moment, le mec développe une énergie d’enfer derrière les platines ! Derrick May aussi, avec qui on avait évoqué l’idée de mettre en place une résidence au club.

Globalement, le contact avec les ricains a été un grand plaisir et les rares problèmes qu’on a rencontré avec des artistes sont essentiellement venu de pinioufs,  souvent français qui rêvaient de Berghain et de Top 10, plus que de vrais moments de musique partagés !


Ta soirée la plus mythique ?

J’ai pris une bonne claque la première fois qu’on a fait NSDOS. J’adore kirikou et son approche de la musique, c’est un artiste total qui aime expérimenter. J’ai également adoré le son de tout les artistes roumains du label a:rpia:r que l’on avait été les premiers à inviter. Un gros kiff ! L’adorable Sonja Moonear, Sebo K, Alan Fitzpatrick, Manu le Malin ou Truncate…  La liste des artistes qui ont retourné le club est longue, mais il y a tellement de bons souvenirs.

Une soirée mémorable aussi a été la grosse satisfaction d’avoir fait Ron Trent qui est rarement de passage à Lyon, ou Baby Ford, et des artistes moins connus comme Laurine de Toitoi Music, la discussion avec Bjarki qui m’avouait souffrir d’être trop identifié à son tube « Wanna Go Bang » alors qu’il était dans une vibe beaucoup plus expérimentale désormais, ou certains artistes qu’il a été plus difficile de gérer comme DJ Funk ou K Alexis. On faisait trois artistes extérieur à la scène lyonnaise par semaine en plus de tous les locaux, ça en fait des bons moments !!


En veux-tu encore à Arthur et sa team pour le sac de plumes lors des 2 ans de XLR au DV1 ?


Peu de crew ou asso ne sont pas passés au DV1, beaucoup y sont même nés. Certains  y voyaient la possibilité d’un tremplin pour atteindre les hautes sphères de la hype, d’autres avait l’amour du son profondément encré dans l’âme, quand d’autres cherchaient surtout à passer un bon moment de rigolade. La team XLR et cette pine d’huitre de Tutti faisaient partie de la troisième catégorie. Malgré un putain de nettoyage intense du club, on a continué à trouver des plumes jusqu’au démontage du club lors de sa fermeture. Un enfer !


On a lu que tu t’étais mis à mixer après un aller-retour express à Londres au début des années 90. Tu as retenté le coup après la fermeture du DV1 pour avoir une illumination divine ?

Express ! Ça n’est pas le mot, j’y suis quand même resté un an. C’est vrai que j’ai commencé à mixer en 92, de retour de Londres où j’avais pris une énorme claque musicale après avoir passé tous mes week-ends dans un club aujourd’hui disparu qui s’appelait le Labrynth à Dalston. C’est dans ce club désormais légendaire que s’est fait le tout premier live des Prodigy qui commençaient à bien tourner. Les teufs sur Lyon étaient rares à l’époque et exclusivement underground. Le milieu électro était la bête noire de tous, surtout des patrons de lieux qui voyaient d’un mauvais oeil cette nouvelle scène de buveurs d’eau qui s’éclatait dans des hangards ou des champs.

C’est sûrement de là qu’est né mon envie d’avoir mon propre lieu un jour ! Je continue à jouer de temps en temps pour des proches. Il y a cette fête privée l’été où je joue chaque année depuis plus de 10 ans aux côté des copains de la première heure comme Pmoore, St Jean, Benji… Il y a peu, j’ai même remonté le son du DV1 pour la fête de l’école de ma fille qui a quand même réuni plus de 500 personnes lors d’un gros concert rock/kumbia et où j’ai joué un set 100% dubwize, roots/reggae (mon deuxième amour musicale avec l’électro) !


Que fais-tu depuis 1 an ? Le projet DV1 Outdoor prend-il forme ou vous partez sur un tout autre projet ?

J’aime à dire que je suis un jeune retraité, mais la réalité c’est que je bosse dur sur l’ouverture de nouveau lieux avec un nouveau concept. Mais probablement pas de DV1 outdoor. J’ai envie de quelque chose d’entièrement neuf et de bien plus ouvert et éclectique que ne l’était le DV1, et davantage des évènements de fin de journée que de nuit. J’ai même plusieurs projets que je mène de front : un lieu qui devrait ouvrir à la fin de l’année et aussi l’ouverture d’un site incroyable dans une friche industrielle énorme des années 50. Mais je ne souhaite pas en dire plus pour l’instant.


Tu peux nous faire une playlist de 10 pépites inconnues/rares/unreleased/atypiques que tu as entendu au DV1 ?

Dans les sons éternels que j’aime et qui sont loin d’être rares, il y a évidemment :
– Le « Blue Monday » des New Order dont j’ai tous les maxi vinyls.
– L’intégrale des Front 242.
– La vieille scène française sur Yellow Stereo comme les Mighty Bop ou la funk mob que j’adore.
– « Never Gonna Let You Go (Black Cock Sax Tribute Version) » sur EDR Records 026.
– Le remix pour le label de K Alexis de Ian pooley sur K Klassik 001 (« The Dancer« ).
– Toute l’œuvre de Deep Dish dont le très bon Deep Dish remix, DDR 03.
– « Deep Transformation vol. 1 » de Mike Huckaby sur Harmony Park.
– Les énormes tubes que sont « XTC » et « Bad Kingdom » de DJ Koze.
– L’ensemble de l’œuvre de Kerri Chandler dont « The Things For Linda » sur Downtown.
Levon Vincent avec « This Games » sur Novel Sound 01.
– Le Key All 01 avec le sample de Gainsbourg dont je suis très fan (je l’ai vu en concert avant qu’il meurt).
– « Going Like You » de Rhadoo sur a:rpia:r 01.
Mark Funstenberg sur Ornaments 001.
Skream, avec lequel j’ai fais une de mes premières dates en temps qu’orga il y a 1000 ans et dont je citerais le touchant « In For The Kill (remix) » qui tue tout !
– Quelques trucs qui m’ont marqué comme le « Sonic Sound Records » (SSR 1003) de Richie T sorti en 92, « The Real Hardcore » de NRG sur R&S Records, l’œuvre complète de Martyn dont le « Hello Darkness » sur BF 28 ou « Ear Me » sur le label 3024.
– J’ai évidemment tous les maxis des Prodigy dont l’hymne « Out of Space » qui a ouvert la brèche du mélange de la scène électro et de la scène jamaicaine.
– J’ai pas mal de Djax Up que j’aime comme le Djax Up 172 de Spinnin’ et le titre « To Die For« .
– Des classique techno comme « The Floor » de Carl Craig sur Open T025.
– Des tubes funk/disco comme l’énorme « Turn The Beat Around » de Vicki Sue Robinson ou le très bon « Time Will Tell » de Ice.
– Également la vibe triphop avec des Krush ou DJ Shadow.
Mais la liste pourrait être beaucoup , car j’ai une très très grosse collection de vinyls à la maison…

Un petit dernier : Tutti & JM ft Yvan DV1« Ticket Conso » (Original Mix). Je suis atterré ! Le mec est allé jusqu’à garder mes messages téléphonique pour sortir un tune des années plus tard. Ça n’est pas un chez d’oeuvre, mais c’est efficace et ça m’a fait marrer. J’attends avec impatience le remix de Mike Hukaby !


À ton avis, pourquoi ce titre ?

Si le pôle artistique et les dépenses qui vont avec ont souvent mis en péril l’équilibre financier du DV1, un autre pôle qui nous a mis en danger financier ce sont les tickets boissons généreusement donnés aux artistes que l’on accueillait, d’où le titre !

XLR Events

Tutti 

Carton-Pâte Records

JM