Photo à la une © D.R.

Le producteur et DJ français Hugo LX vient de sortir un nouvel opus sublime, The Free Form EP, sur le label américain People Of Earth. On lui a posé quelques questions autour de ces 4 titres house à la fois taillés pour le club et à l’esthétique jazzy, façonnés avec deux musiciens. 

L’EP a été conçu fin mars 2020, soit au début du confinement. Dans quel état d’esprit te trouvais tu ? Comment as-tu évolué depuis ? 

Il m’est difficile de dégager un réel sentiment d’une période aussi récente… Mais le contexte était bien sur très particulier  – 
un moment unique et quelque peu déroutant, le confinement, un déménagement la veille.

Je me trouvais cet hiver en plein milieu d’un cycle très intense, dans lequel j’avais renouvelé tout mon processus créatif, la manière dont j’utilise les outils audio – et les limitations que je devais me fixer moi même, en terme de temps et de sources. Essayer de faire une musique plus intense, avec moins. Les jours précédant ces 4 sessions, j’ai réécouté toute la discographie de Mike Huckaby, qui crée une musique riche et intense à partir un nombre d’éléments limités et identifiables, et confectionne des banques de son. J’ai suivi ce chemin, avec mes sons. Le dernier jour, au moment d’exporter les morceaux, j’apprends sa disparition…

Il s’est passé tant de choses depuis mars, peu sont positives mais elles appellent à un réel changement. Il est impossible que notre musique reste la même, et encore moins notre manière de la pratiquer.

Tu t’entoures de deux musiciens Hermon Mehari et Florian Pellissier, est-ce important pour toi de mêler l’électronique avec l’instrumental dans tes productions ?

Florian est en quelques sorte mon ainé dans le son, on partage des influences similaires, mais nos sensibilité se sont développées à 15 ans d’écart. Il est aussi spécialiste des synthétiseur de la fin des année 70; le Prophet en premier lieu. Mon son descend donc en partie du sien, et son jeu fait le pont entre ma pratique électronique et son savoir faire acoustique.

Hermon, c’est notre ambassadeur du Midwest à Paris. Il a cette spontanéité des musiciens américain, et ce talent d’un autre niveau également. On fait rarement plus de 2 prises. Il a aussi réussi – avec beaucoup de justesse – à fusionner son héritage Érythréen avec le jazz et la pop, ce qui n’est pas une tâche simple quand on connait les différences tonales et rythmique entre la musique d’Afrique de l’est et les musiques modernes américaines ou européennes.

Pendant le confinement, nous travaillions à distance sur son nouvel album A Change For The Dreamlike, et le morceau sur ce EP est une sorte d’after session.

Comment définirais-tu ton esthétique musicale de tes propres mots ? À la fois deep, taillé pour le club, et très mélodique, jazzy ? 

Le titre du EP est une référence à son esthétique: malgré les contraintes que je me suis fixé au départ, mon son a franchi un cap et m’a entraîné sur un terrain plus vaste, au delà de ma vision initiale.

Je suis content d’avoir un disque qui me représente dans le présent, avec davantage de sophistications et aussi de simplicité. Et qui reste dans un certain standard House, que les producteurs américains continuent aujourd’hui de définir.

Les dernières sorties d’artistes comme Patrice Scott, Stefan Ringer, Waajeed ou Meftah m’ont beaucoup inspiré: leurs disques sont essentiels, vibrants, travaillés, et invitent à danser.

Comment s’est faite la collaboration avec le label People Of Earth pour cette sortie ? 

People Of Earth est un label d’Atlanta, tout comme NDATL, le label de Kai Alce sur lequel nous avons, avec DJ Spinna, fait paraître notre collaboration The Astral Flight.

Beaucoup de mes producteurs favoris, Rick Wade, HazMat, Hanna, Norm Talley, Patrice, Kai, Stefan.. ont sorti des disques sur ce label, dont l’esthétique me parlait directement.

Et je suis tombé sur Michael, son propriétaire, l’année dernière en sortant d’une soirée à Detroit. nous avions évoqué cette possibilité, et elle s’est matérialisée grâce à ce batch de morceaux.

Quels sont tes autres projets et sorties récentes ?

Ces 18 derniers mois ont été incroyablement riche d’un point de vue production. Après de nombreux retard, je suis heureux de voir le projet avec HEX (la formation de Toshio Matsuura sur Blue Note) enfin devenir accessible au public, grâce au travail de Mido et son label Menace, qui fête ce mois ci ces 5 ans – j’ai par ailleurs contribué à la compilation d’anniversaire. 

Toujours en relation avec le Japon, vont paraître des remixes pour Takecha sur le label Holic Trax de Tomoki Tamura, et pour la groupe franco-japonais Days In Orbit. J’ai aussi eu l’occasion de remixer les français de La Fine Equipe, Samba De La Muerte et notre duo francophone préféré Djeuhdjoah et Lieutenant Nicholson, dans un registre plus pop. 

Enfin nous terminons le second volet de The Astral Flight avec DJ Spinna, avec un contribution (incroyable !) d’un artiste de Detroit dont le son a été pour moi fondateur, nous annoncerons très bientôt.

Quels sont tes projets à venir ? Comment envisages-tu l’avenir – proche et plus lointain ? Lorsque les dancefloors sont loin, la production est-elle salvatrice pour toi ?

Je viens cette semaine de terminer un nouvel EP, qui viendra clore le cycle commencé avec The Free Form EP et un autre disque retardé par le virus.

Il y a cet album, terminé à 95%, pour lequel je cherche l’angle et l’équipe avec qui le sortir. il regroupe toutes mes influences, avec un son que je qualifierai de plus futuriste.

Je travaille également sur pas mal de musique à l’image, et cette occasion m’a poussé à travailler avec d’autres musiciens. De ces sessions sont nées un projet quelque peu « vintage » dans lequel je m’amuse bien et qui devrait se matérialiser d’ici peu.

Outre le disque, il y a beaucoup de projets qui me tiennent à coeur. Je m’apprête à lancer mon premier show radio à l’invitation de Rinse FM et j’espère pouvoir en faire un objet généreux qui permettra à d’autres artistes de s’exprimer et au public de découvrir davantage de musique, dans un format moins contraint que le dancefloor. J’ai grandi et me suis façonné une culture grâce aux show radios nocturnes donc ce challenge me plaît beaucoup ! Et j’aimerais d’une manière ou d’une autres aider les jeunes artistes musicaux à développer leur projets, leur sonorités, avec tout ce savoir-faire qu’on m’a transmis depuis 20 ans.

L’avenir, c’est un concept auquel je consacre moins de temps, les années passent si vite, et tout bascule rapidement. Je ne me reconnais pas forcément dans la musique d’aujourd’hui, et tout ce qui tourne autour (la communication en particulier !) mais j’admire la force de proposition et le talent de tous ceux qui la font. Également la manière dont chacun utilise les outils à sa disposition. 

J’ai la chance de faire des disques depuis presque 15 ans, mais si demain je dois faire autre chose, changer de discipline, alors ainsi soit il, car j’aime apprendre plus que tout. Bien sûr, le dancefloor est en danger. Ce moment me manque, la danse en particulier, peut être même plus que le deejaying. Mais je me focalise sur ce qui compte vraiment : créer et s’exprimer. Et Il y a tant à dire ! 

Vous pouvez suivre Hugo LX sur Facebook, Soundcloud et Instagram.

The Free Form EP est disponible en précommande sur le site internet de The People Earth, et les extraits en écoute ci-dessous.