Quand on apprend que Guy Gerber sort un album avec Puff Daddy, on peut en tout légitimité se sentir un peu déconcerté. Alors évidemment le dj israélien n’est pas le producteur le plus underground de la planète, mais de là à s’associer avec le géant producteur de hip hop converti au Rnb pour pucelle… D’ailleurs, depuis quand Puff Daddy s’intéresse à la musique électronique ? Et bien il se trouve que ce n’est pas la première fois que le rappeur fait appel aux talents d’un dj, au contraire. En 2003 il s’essaie pour la première fois à la dance music avec le titre « Let’s Get Ill » co-produit par Jacques Lu Conte, puis en 2005 il réalise un featuring avec Felix Da Housecat qui rencontre un franc succès en club et on comprend pourquoi.

Felix Da House Cat feat. P. Diddy • Jack U

Quatre ans plus tard il remet le couvert avec Dj Hell pour le morceau « the dj » dans lequel il expose l’idée qu’un dj devrait s’exprimer comme il l’entend en osant passer des titres de plus de 10 min s’il le souhaite et non s’adapter aux formats courts de la musique commerciale. Encore une fois le succès est au rendez-vous et les djs s’empressent de le remixer à l’instar de Radio Slave qui se conforme à la vision du rappeur et nous offre un remix de 28min se terminant sur une jolie envolée au piano.

Dj Hell feat. P. Diddy • The Dj (Radio Slave Remix)

C’est en 2010 que P. Diddy fait appel à Guy Gerber pour la première fois afin qu’il produise l’intro de son album Last train to Paris. A peine un an plus tard, ils sortent le titre « Nothing Can Be True » et annoncent d’ores et déjà la sortie d’un album collaboratif. Finalement, il aura fallu 3 ans pour qu’11 11 voit le jour sur le nouveau label de Guy Gerber baptisé Rumors. L’album reçoit un gros coup de projecteur sur le site Thump où l’on retrouve des vidéos teasers et des titres en exclusivité ainsi qu’un mini reportage qui n’est pas sans rappeler ceux réalisées à l’occasion de la sortie de l’album des Daft Punk. Personnellement je vous déconseille de le regarder, à moins que vous ayez envie d’écouter le manager de Puff Daddy s’extasier sur le génie de son poulain.

Maintenant que nous avons parlé du « packaging », venons en au contenu : L’album commence sur une intro assez planante à la Superpitcher, puis s’enchaine le titre « Angels » dans lequel on distingue bien l’apport de Diddy et c’est bien normal puisque ce n’est autre qu’un remix d’un morceau du même nom paru sur l’album Last Train to Paris de Puff Daddy.

Diddy-Dirty Money • Angels

Viens ensuite « Floating Messiah » qui lui contient un sample issu d’un morceau de Guy Gerber, Guti, Ryan Crosson et Greg Paulus sortit en 2011 sur Crosstown Rebels. Alors ok on peut se permettre de réutiliser des sons vieux de 3 ans, mais si c’est pour que le résultat sonne moins bien que l’originale je n’en vois pas trop l’intérêt.

Guy Gerber, Guti, Ryan Crosson & Greg Paulus • Time For a Change

(Pour les curieux, le sample apparaît à 4 :08)

On passe aux choses sérieuses avec « Terminal K » qui est à mon sens un des meilleurs morceaux de l’album. Dark et envoutant à souhait, on reconnaît bien les mélodies aériennes caractéristiques des productions du dj israélien. « Tourist Trap » est lui aussi un petit bijou, bien qu’il ne soit qu’une version améliorée du titre « 25 stitches » sorti l’été dernier sur l’album Who’s Stalking Who de Guy Gerber. Doté d’une rythmique bien sentie, « Tourist Trap » plaira beaucoup aux fanas (comme moi) de vocaux dépitchés.

Guy Gerber & Puff Daddy • Terminal K

Viens ensuite « Let Go », un titre simple mais efficace qui te rend un peu débile et te fait bouger la tête comme un pigeon. Enfin, l’album se termine sur  « My Heart » qui, tel le dernier coucher de soleil des vacances, clôture en beauté cet album.

Le bilan est donc plutôt positif pour 11 11 qui fait preuve d’une union réussie entre 2 univers que l’on ne pensait pas compatibles, même si on peut s’accorder sur le fait que cet album est plus à l’image de Guy Gerber que de Puff Daddy. Comme ils ont commencé à travailler dessus en 2011, on sent que certains morceaux datent un peu donc le résultat n’est certes pas très innovant mais pas dégueulasse pour autant. L’ambiance générale est assez

chill, ce qui colle plus ou moins bien à l’envie qu’avaient les 2 artistes de faire de la musique qui s’écoute en after. Le seul bémol c’est le recyclage d’anciens morceaux qui laisse à penser que la créativité n’était pas au rendez-vous.

En s’associant à Guy Gerber, Puff Daddy marque un point en se différenciant des collaborations de ses compères comme par exemple celle de Snoop Dogg avec David Guetta ou encore Usher avec Diplo. De plus, il procure une audience relativement large à cet album, et je dois dire que j’aime bien l’idée que les jeunes se mettent à écouter ça plutôt que de l’EDM.

L’album 11 11 est en libre téléchargement ici, et pour ceux qui voudraient se faire une idée du pédigrée de Guy Gerber, on vous a concocté une petite playlist :

BY JULIE JANODY