DJ Harvey fait parti de ces artistes particulièrement reconnus et acclamés, sans pour autant avoir produit une quantité considérable de musique. Sa discographie est en effet particulièrement succincte : seulement huit sorties entre 1996 et 2017. Une approche minimaliste de la vie d’artiste que l’on retrouve aussi dans la fréquence de ses concerts, ou à travers sa présence dans les médias. Mis à part quelques dates programmées dans les plus grands clubs du monde, le plus souvent pour des résidences, ses apparitions sont rares.

Pourtant, cela n’empêche pas le personnage d’être reconnu comme un des meilleurs DJs de son époque, et de bénéficier d’une aura de Rock Star au sein du monde de la dance music. Aura qu’il cultive par son look de surfer des seventies, comprenant grosses ray bans dorées, chemises à fleur et motos Harley Davidson.

À coup sûr, ce style a joué un rôle dans son ascension au Panthéon des artistes de sa génération. Pourtant, le réduire à cela ne rendrait pas justice à son talent si particulier au sein du monde de la nuit.

Quiconque a assisté à l’une de ses soirées peut témoigner du fait qu’il dégage réellement une atmosphère spéciale lors de ses sets marathons. Cela peut sonner cliché comme terme, mais DJ Harvey est l’un des rares artistes à maîtriser aussi bien au cours d’une nuit le chemin qu’il fait parcourir à son public. Un chemin épique, truffé de références musicales et de styles variés avec comme dénominateur commun un groove puissant qui embrigade continuellement le public. Le début de sa Boiler Room de Milan dans lequel il joue « Pure Imagination » de Gene Wilder, un morceau tiré de la BO de Charlie et la chocolaterie, qu’il mixe ensuite avec « Starlight » de Risque  illustre parfaitement l’éclectisme groovy des soirées DJ Harvey.

Pour tenter de comprendre le personnage, il faut aussi rajouter à ce mélange le style Baleric House dont l’artiste est un fervent amateur, ayant contribué à son émergence dans les années 90 à Ibiza. Ce style ne vous parle pas énormément ? Pas de problème, DJ Harvey a justement sorti en 2017 une sélection de morceaux de baleric house sur le label Pikes Records.

Pikes Ibiza est initialement un hôtel boite de nuit ayant connu son heure de gloire au début d’Ibiza dans les années 70, époque où il accueillait régulièrement certaines des plus grandes rock star de l’époque venues chercher inspiration, débauche (ou les deux) sur la petite île des Baléares. Le lieu a récemment créé un label éponyme, dont DJ Harvey est « l’attaché culturel » et aussi le premier artiste. Le nom du vinyle, « The Sound of Mercuy Rising », est une référence aux premières résidences de DJ Harvey dans cet hôtel, qui eurent lieu dans la salle « Freddie Mercury » ; salle où le mythique chanteur de Queen célébra avec excès son 41ème anniversaire.

Avec un tel pédigrée, il n’est pas surprenant que cette première sortie soit fortement teintée par l’ADN des Baléares. « Danza Dell Acqua » de Tony Esposito, aux sonorités presque tropicales avec en fond sonore des percussions latino donne ainsi le ton pour le reste du disque, même si c’est le morceau le moins dansant de cette sélection d’artistes.

Sur la même face, « She’s a Lady » de Tore, illustre parfaitement le style Dj Harvey avec sa vocale disco un peu kitsch, accompagnée d’accords de guitares espagnole portée par un énorme groove. Un morceau typique de ce que Dj Harvey joue lors de ses soirées.

Sur la face B, Abran Paso – Ahora (Enrolle) de Elkin & Nelson, toujours dans un style très ibérique, donne corps au côté épique de la sélection musicale de Dj Harvey. Il faut imaginer l’effet de ce morceau au lever du soleil à Ibiza sur un public qui tape du pied devant DJ Harvey depuis la veille, surtout dans sa version éditée par l’artiste.

Le vinyle se termine sur Spanish Boogie de Van Mccoy & The Soul City Symphony, un vrai morceau de lover latino ultra kitsch et génial.

Il est rare de trouver une compilation spécialisée sur un sous-genre musical, où tous les morceaux sont réellement bons. On a souvent le sentiment que ces sélections privilégient l’aspect culturel et géographique au détriment du bon goût. Cette problématique est particulièrement présente quand on prend en compte le genre en question (ici la Baleric House), une niche musicale alternant entre le kitch vintage et le mauvais goût moderne d’Ibiza. Mais cette sélection résolument orientée « club » évite largement cet écueil.

Ce vinyle réalise ainsi une alchimie subtile avec une sélection à la fois profondément typée mais pourtant facile d’accès. On attend donc le Volume 2 avec impatience.

La compilation est disponible sur Juno.