Chez Damier est un hybride musical représentatif de la musique américaine dans son ensemble. Son éducation musicale commence dès onze ans dans sa ville natale, Chicago. Il déménage ensuite à Détroit pour étudier, ce qui lui permettra de rencontrer Derrick May. Il devient alors un des rouages du mécanisme qui fera de Détroit et de la musique américaine en général une source d’inspiration majeure pour les artistes du monde entier.

Au delà de ses exploits musicaux, Chez Damier est à l’origine de la fondation du « Music Institute ». Ce club de Détroit a connu son heure de gloire dans les années quatre-vingts. Il a contribué à diffuser la musique locale à l’époque où celle-ci était encore réellement alternative.

Chez Damier est aussi le co-fondateur avec Ron Trent d’un des labels phares de Chicago, Prescription Records. Il signera certaines grosses pointures de la Windy City comme Anthony Nicholson et Romanthony.

Pourtant, ce vinyle n’est pas sorti sur un label de Chicago ou de Détroit, ni même sur un label Américain. Chez Damier, après une absence de 9 ans, est en effet réapparu en 2009 sur Mojuba Records. Un label allemand dirigé de Berlin par Thomas Wendell, sur lequel le très subtil Sven Weismann a aussi sorti plusieurs de ses meilleurs vinyles.

 

« I know that some people from Detroit, some people from Chicago didn’t understand why I made this decision to release things with a label in Europe. There’s a « Chicago mentality »: it’s a proud and unspoken arrogance. I should say it’s mostly among the older producers – I haven’t met as many of the younger ones. They have a kind of hidden arrogance that it’s done the best way in the world here – and not just the best way but the ONLY way. But this music is a house with many rooms now. »

(Interview de Chez Damier sur 5Chicago)

Ce Classic EP est donc la troisième et plus récente sortie de Chez Damier sur Mojuba Records, après Time Visions 1 et Time Visions 2 en 2009. Il retrace à travers quatre morceaux le parcourx versatile de l’artiste. Il faut noter que le nom de l’EP n’est pas anodin car il reflète la démarche d’Anthony Pearson (Aka Chez Damier) :

 

« When I play a show, some things stay in my show for many months. That’s how I try to make them classics. Some people from a different school insist on only playing the newest material – they’re looking for that « wow factor ». »

(Interview de Chez Damier sur 5Chicago)

 

Le premier track, Forever Mona (Oracy’s Extended factory Mornings edit) est pour ma part, le morceau le plus spécial du vinyle. Avec sa deep-house enjouée et rythmée qui se mixe de manière très fluide à tous type de musique et se joue dans toutes les conditions. C’est un morceau aux sonorités légères qui contrastent avec le registre sonore habituel de ce sous-genre musical.

La piste suivante Don’t try it par Chez Damier et Ron Trent est un des grands classiques de la House de Chicago. La piste est pourtant pressée la première fois en 1994 sur le label KMS Records appartenant à Kevin Saunderson (Détroit), plutôt connu pour ses sorties Techno. Le morceau illustre ainsi la porosité à la fois entre les villes et les genres musicaux qui est une des lignes conductrices de l’œuvre de Chez Damier.

Le morceau suivant A Dedication to Joss est une collaboration entre Chez Damier, Ralph Lawson (un DJ de Leeds qui compte parmi les plus anciens résidents de la Fabric à Londres, du Sonar à Barcelone et du We Love Space à Ibiza), Stacey Pullen un des DJ de la « second wave » de Détroit qui a été coaché par les Belleville Three, et Santonio Echols, un des DJs old school de Détroit plus connu sous son alias Rees & Santonio.

Plus rythmé que le morceau précédent, cette piste est pourtant construite de la même manière que la précédente. Une vocale principale est « loopée » (c’est-à-dire une même boucle qui est réutilisée constamment), autour de laquelle le morceau se construit par addition et attrition successive de percussions et d’effets.

Le vinyle s’achève sur The Feeling de Chez Damier et MK (Marc kinchen, un producteur de Los Angeles). Titre initialement paru en 1995 sur la face B du l’EP The Grand Lodge of Luxor (Thebes) de Prescription Records. Incontestablement l’un des morceaux les plus mythiques de Chez Damier.

Ce classic EP fait parti de ces disques immanquables que tout amateur de House se doit d’avoir dans sa collection. Il retrace à travers cette excellente sélection la palette musicale de l’artiste ainsi que celles de la House américaine moderne.

 

« I’m not one foundation. I was blessed enough not to be a Chicago player or Detroit or UK player. I was blessed to be a combination of them all. »

(Interview de Chez Damier sur The Ransom Note)

CHEZ DAMIER : FACEBOOK / SOUNDCLOUD / DISCOGS