Le concept du label My Love is Undergound a fait mouche. Sous l’impulsion de son créateur, Jeremy underground, ce label français s’est attaché à faire revivre une type de house et deep-house qui avait quasiment disparu des clubs européens il y a encore quelques années.

Dans cette logique Brawther le DJ britannique (membre de MLIU) et Alixkun un résident des clubs de la capitale nippone, font revivre les perles oubliées du Japon, en nous offrant ce LP sortit sur Les Disques Mystiques & Jazzy Couscous.

 

Il était temps qu’une telle compilation naisse! La scène musicale japonaise jouit en effet d’une belle réputation grâce à quelques artistes à la notoriété internationale comme Fumiya Tanaka, Soichi Terada et Hunee. Mais au Japon ce ne sont pas que les artistes qui ont du talent. Le public nippon est lui aussi reconnu comme l’un des plus pointus au monde. Pour les artistes se rendre au Japon est donc toujours un peu un challenge.

 

Mais pendant les périodes creuses de la house, pour de nombreux artistes aujourd’hui revenu sur le devant de la scène, le Japon était presque un refuge, puisque c’était un des quelques pays où leur musique était appréciée. Si vous doutez de cela écoutez cet extrait d’un set de Sadar Bahar à Tokyo en 2007.

 

 

Mais pour nous simple amateurs, pas besoin de se rendre à Tokyo ni même de fouiller dans les bacs en espérant trouver des références, car Alixkun et Brawther se sont chargés de cela pour nous. Et du fond à la forme, le travail est complet. Dès le début le visuel donne le ton avec une pochette qui illustre idéalement les différents morceaux de ce LP. Morceaux eux mêmes pressés sur trois vinyles de 180 grammes aussi agréables à l’ouïe qu’au toucher.

 

Mais place à l’écoute :

 

Le premier morceau « T.P.O Punk inc (Hirosh’is Dub) » produit en 1989 par Kan Tagaki et Hiroshi Fujiwara, propose une deep-house rythmée mais perturbante à ses débuts en raison de la voie de machine enrayée que l’on entend pendant les premières trente secondes. Au bout d’une minute l’accord principal est posé avec un très léger écho suivit d’une nappe pour créer une ambiance un peu différente de la musique que l’on écoute habituellement et nous permet donc de pressentir les prémices de ce monde musicale qui nous est jusque-là inconnue.

Le deuxième morceau « I need Luv » produit par Katsuya Sano en 1989, commence lui aussi sur une vocale de machine ralentie et enrayée mais qui est là aussi vite effacée par une ligne de basse très franche, accompagnée d’une voie humaine au sexe indéfinissable qui disparaît et réapparait par à-coup. Même si la frontière est fine on est ici plus dans de la techno que de la deep-house tant le son est dominé par les percussions mécaniques.

En retournant ce premier vinyle, on tombe sur « The Ecstazy Boys feat shiro amamiya » sorti en 1992. C’est un morceau entrainant dès le début grâce au quasi solo d’un synthé à la sonorité notable. L’instrument utilisé ici n’a pas la même sonorité que ceux utilisés aujourd’hui qui sont beaucoup plus graves et mécaniques. Ce dernier, très clair produit une musique assez chaleureuse, presque un peu « cheap » ou disco, qui ravira les férus de ce style. On a ici vraiment l’impression d’écouter un artiste qui s’emballe sur ses différents instruments, plutôt qu’un morceau produit sur ordinateur.

Pour terminer ce premier vinyle « Jazzadelic-I got a rythm (1991 original mix) », commence sur un entêtant murmure alternant sur les phrases: «  I got the rythm/ You got the rythm ». La basse répond parfaitement à ce rythme lent et répétitif imposé par la vocale, nous faisant ainsi danser d’un pied à l’autre sur un rythme quasi binaire, tandis que la nappe assez acide nous maintient alerte. À cela s’ajoute des percussions métalliques ainsi que des notes de piano qui semblent avoir été enregistrées séparément tant elles sonnent lointaines.

Le deuxième vinyle commence sur une vraie perle «Sawauchi Jinku », produite en 1992 par Akiko Kanazawa et remixée par l’un des DJ les plus connus du Japon membre du label Rush Hour, Soichi Terada. La vocale féminine franchement japonaise, qui est ici plus un instrument musical à part qu’un moyen de communication, donne enfin son vrai sens au LP. C’est le premier morceau que l’on peut associer sans hésitation au pays du soleil levant. L’ajout des différents éléments sonores japonais donne une vraie identité à cette musique. On a vraiment hâte de voir l’effet qu’un tel morceau produira sur un public.

 

Le deuxième morceau de la face C, « Blessing (Magic Ware remix) » débute sur une vocale planante vite déformée par des effets très années quatre-vingt. On entendrait presque R2D2, pendant quelques instants. Ce morceau évoque franchement la musique américaine, avec un chœur à l’accent quasi gospel, c’est l’un des seuls morceaux de ce LP où la vocale joue un rôle aussi important.

Le track suivant « YPF –Trance of love (tokyo offshore mix) », une des pièces maitresse de cet LP, contraste, avec son ambiance plus jazzy. Pour la première fois la place principale est donnée à un cuivre, à priori un saxophone, qui reste très doux contrairement à beaucoup de morceaux modernes où le saxo est utilisé pour mettre de la vitesse et de la folie. Au bout d’une minute une basse douce accompagnée d’un accord de guitare fait repartir le morceau mais toujours sur ce rythme presque nonchalant très agréable. Un excellant morceau d’after ou de fin de set.

 

Le track D1, de l’artiste, Yukuhiro Fukutomi « It’s gonna be alright », nous plonge dès les premiers beats dans un univers sombre mais groovy avec un bpm rapide. Deux chordes reviennent tous les quatre temps pour accrocher notre oreille.

Le track D2, de Hiroshi Matsui « Crazy », est assez curieux puisque selon les phases on à l’impression d’écouter de la deep-house ou de la minimale. À peu de choses près ce morceau pourrait figurer sur le catalogue du label Perlon.

Pareil pour le track E1, de Takaheru Kunimoto « Home (6 a.m. mix) », qui rappel à certains moments une micro-house comme elle peut être produite par des artistes comme Masomenos.

« Violets- Sunset », qui vient à la suite est un morceau plus lounge. On ne reconnaît pas ici les sonorités de l’époque connues de tous, comme celles de la TR 808 de Roland, mais une palette d’effets et de samples complètement inconnus. Pas étonnant lorsque l’on prend en compte le fait que les Japonais ont souvent été à la pointe de l’évolution technologie des instruments.

« GWM, Depp Loop (Edit) » qui vient ensuite, continue dans la lancée du morceau précédant avec une house douce et planante couronnée par une nappe froide et lointaine qui rafraichit le son et prépare l’arrivée vibrante de plusieurs accords de synthé.

La dernière face de l’ultime vinyle de ce LP porte trois sons : Le premier intitulé « Fake » produit par Square, mixe habilement un son très sec et acid avec une vocale, qui pourrait venir d’un discours de Martin Luther King.

 

Viens ensuite « Matrix track » produit par Hiraku Nagasawa, qui offre un son posé et une nappe onctueuse, entrecoupée par des éléments de deep-house classique.

 

Le dernier morceau « turquoise Love » produit par Dan K, débute sur un sample bien connu de tous les connaisseurs de deep-house américaine, car on le retrouve sur la track A1 du vinyle Moods & Grooves Classics V4, produit par Kenny Dixon Jr.

 

Le morceau est un peu plus organique que ceux précédent et rappelle énormément un des derniers vinyles sortie par Kann Records, Things From the Basement Vol.One

 

 

Ce LP est étonnant ! Alors que l’on s’attendait à découvrir un genre musical à part entière, on s’aperçoit en réalité que ces productions ont un style proche de celles que l’on trouve dans nos disquaires en Europe et ailleurs. En réalité, la subtilité de ce LP repose plus sur des petits ajouts de nappe, samples ou effets, propres à la musique japonaise que sur une réelle révolution du genre. Cela rend le LP d’autant plus intéressant car il sera ainsi capable de se fondre dans votre collection et appel chacun à une écoute attentive des morceaux afin d’en percevoir leur palette.

Chronique réalisée par Sanche