En attendant la soirée du 13 Novembre où l’équipe de Dure Vie a le plaisir de vous convier pour écouter l’un des piliers de la house Jerome Sydenham, nous revenonssur un de ses LP produit en 2001 pour le troisième volet de cette chronique Grooves on Wax.

Jerome Sydenham est un artiste qui sait tirer profit de ses différentes activités.

À la fois DJ, producteur, ancien A&R (c’est-à-dire chasseur de talents) pour Atlantic Records, et maintenant gérant du label Ibadan Records, il dispose d’une belle palette d’outils et d’influences, qui lui ont permis de se créer depuis une vingtaine d’année une réelle identité musicale.

Son LP Saturday produits avec Kerri Chandler en collaboration avec une variété de musiciens, est l’illustration même de cette faculté que possède l’artiste de puiser en lui même et dans son entourage afin créer des productions ayant à la fois une continuité entre elles, tout en possédant des origines variées. C’est donc morceau par morceau que cet LP nous fait découvrir la palette de l’artiste.

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Dès le début du vinyle « Kò Kò », nous fait rentrer dans le vif du sujet avec un ensemble de maracas rythmées accompagnées d’une basse (l’instrument) à l’accord simple et répétitif. Rapidement des cymbales arrivent, accompagnées d’une ligne de percussions qui fait passer le morceau d’une sonorité légère à un vrai son de club qui fait danser la foule, notamment avec l’aspect entrainant du synthé. Tout au long du morceau, un clap (battement de main) permet d’insuffler de l’énergie au public et surtout de l’identifier au son; un peu comme dans les séries comiques où des rires artificiels accompagnent chaque blague pour rendre le visionnage plus vivant.

La structure du morceau est relativement simple, mais néanmoins efficace, car il est rythmé tout en gardant des sonorités un peu planantes et exotiques propres àJerome Sydenham. On reconnaît ici le goût prononcé de l’artiste pour l’afro-House qu’il à contribué à créer dans les années 90 aux Etats Unis aux côtés de ses comparses, « the classic guys» comme il les appelle lui-même : Joe Claussell et Kerri Chandler. Mais contrairement à certains artistes (notamment Joe Claussell),Jerome Sydenham arrive à éviter l’écueil d’une musique un peu trop dense, caractérisée par une multiplication des percussions. Il réussit l’alliage des sonorités plus cubaines ou africaines avec une esthétique minimaliste plaisante.

Le deuxième morceau « Candela », coproduit avec Kerri Chandler, est l’illustration même de ce métissage culturel entre les sonorités africaines et la house new-yorkaise. Il faut noter queJerome Sydenham à grandi au Nigeria dans la ville d’Ibadan, dont son label porte le nom, ce qui atteste de l’importance de cette racine pour lui. On entame d’ailleurs le track sur un solo de tam tam, que l’on pourrait croire enregistré au Nigeria.

L’ensemble garde le côté un peu planant si caractéristique de ce LP, avec notamment une construction progressive, dû a l’ajout graduel d’éléments sonores. Là aussi une première phase plus « lounge » est vite effacée par l’arrivée des basses et de la caisse claire qui redonnent de la puissance avec l’affolement du piano, transformant le track langoureux à ses débuts en une petite bombe « afro-jazzy ». C’est typiquement le genre de morceau qui, après plusieurs heures à danser sur une musique puissante mais uniforme, permet de ré-apprivoiser en douceur le public sans pour autant casser le rythme de la soirée.

Une des qualités de « l’afro-house » telle qu’elle est produite ici est de créer avec les percussions traditionnelles le même effet qu’une basse techno plus classique, tout en offrant plus d’originalité et d’authenticité. À l’écoute de ce type de morceau on réalise que les percussions tribales ne sont probablement qu’une version plus ancienne et primitive de la musique de club moderne. Surtout que sur ce morceau Jerome Sydenham et Kerri Chandler donnent vraiment l’impression d’avoir adapté de manière éphémère cette musique pour le dancefloor, même si au bout du compte l’intro et la conclusion nous rappellent qu’elle puise ses racines bien au delà de la techno.

La face B de ce premier vinyle porte « Rising the Sun », un des grands classique des deux artistes. Une fois n’est pas coutume, le titre correspond à l’atmosphère du track, qui est en effet assez léger en comparaison aux morceaux précédents. La sonorité globale est beaucoup plus « deep-house ».

On ne retrouve pas ici de sonorités africaines, mais plutôt un snare et un kick, le tout sur une ligne de basse plus franche et classique qui rappelle plus les productions d’un Glenn Underground. L’originalité du morceau vient des notes très aigues de flûte qui contrastent avec le ton plus grave de l’ensemble.

En continuant sur cette face B on arrive sur « Beat Down ». La transition est sèche, tant ce track contraste avec le reste du vinyle. Dès l’intro on tombe sur une énorme basse qui cogne sans aucune concession. On est en présence ici d’une techno assez minimaliste qui rappelle certaines productions du label Ostgust Ton, sur lequel Jerome Sydenham a remixé plusieurs titres. On sent clairement ici l’influence berlinoise de l’artiste, qui gère depuis 2007 son label là-bas.

Le premier track du deuxième Vinyle, « Winter’s Blessing », commence de manière assez banale ; mais après une dizaine de seconde les éléments classique du morceau (snare, basse etc…) sont sublimés par un accord de piano grave, mais étonnamment doux et chaleureux. Cette ambiance froide mais rassurante fait écho au titre du track, comme c’est le cas pour « Rising the Sun ». Quelques sonorités légèrement acidulées, ainsi que des samples d’orages, viennent nous mordre les tympans comme le ferait le froid un matin d’hiver sur notre peau. Quelque chose d’étonnamment agréable se dégage de ce morceau qui est l’un des plus originale de ce LP en terme de construction, avec des phases très différentes les unes des autres. Ces alternances au sein d’une même production permettent aux deux artistes de nous garder alertes tout en jouant avec nous de manière assez sensuelle.

Sur la même face on entend à la suite « Jehlaz », du nom du chanteur. Ce morceau est produit par Dennis Ferrer, un artiste new yorkais. Bien que l’atmosphère respecte globalement l’esthétique minimaliste du vinyle, la voie de Jehlaz domine le morceau et contraste ainsi avec le reste du LP. La vocale assez douce se répond à elle même, donnant l’impression parfois d’être un solo, parfois d’être un chœur, qui tout de suite évoque une grande messe gospel ou vaudou.

En retournant ce vinyle on tombe sur « Àrò », produit par Jerome Sydenham et huit artistes différents qui viennent ajouter leur grain de sel. Kerri Chandler est chargé des « traps » tandis que Brian Lynch et Jordan McLean, officient à la trompette. La combinaison des cuivres (trompettes, trombone, saxophone baryton), des percussions et des cordes (guitare électrique par Dominique Kanza) donnent l’impression d’écouter un live de jazz quelque part dans une capitale de l’Afrique de l’Ouest dans les années soixante-dix. Il a existé et existe encore dans cette partie du monde une scène musicale très dynamique, proche du jazz, et Jerome Sydenham qui fut très marqué par la vie musicale et festive de sa famille à Ibadan, cherche surement à reproduire à sa manière cette esthétique sonore.

Le LP se finit ensuite sur « Deconstructed House (phase 1) », produit par Jerome Sydenham et Dennis Ferrer, et featuring Jãnia pour la guitare, la basse et les vocales.

Le morceau commence sur une house assez groovy avec un rythme entrainant et des vocales brèves très caractéristiques de la house moderne. Le tout garde cependant certaines sonorités plus latinos, notamment avec la guitare. L’ensemble du morceau donne l’impression d’être tiré d’une after du carnaval de Rio et on retrouve dans son atmosphère et ses sonorités quelque chose d’assez proche des remixes de Cesaria Evora effectués par Joe Claussell.

Comme il le dit lui même, et contrairement à beaucoup dans le milieu de la musique, Jerome Sydenham met le business au service de la musique et non l’inverse. C’est de cette manière que sa faculté à repérer les artistes, née chez Atlantic Records et développée chez Ibadan Records, lui permet de produire des LP comme celui-ci, rassemblant 17 artistes d’horizons et de styles différents.

De même on sent dans ce vinyle que ses migrations professionnelles – du Nigeria, à New York pour finir à Berlin- ont eu un impact positif sur sa musique en la diversifiant. Cela s’entend notamment quant on compare certains des tracks de ce LP tels que « Beat Down » et « Arò ».

Jerome Sydenham est à ce titre un double pionnier du style afro-house. En premier lieu, en tant que Dj et producteur, car ses productions ont contribuées à façonner ce genre, à cheval entre les sonorités de l’hémisphère sud et une esthétique house minimal de l’hémisphère nord. Mais aussi en tant que gérant de label et businessman, en donnant l’opportunité à des artistes comme Joe Claussel, Dennis Ferrer et Kerri Chandler (pour ne citer que les plus connus), de jouer et de sortir sur vinyle des morceau beaucoup plus exotique que la norme

Ce travail d’assemblage entre plusieurs artistes, qui donne au LP toute sa saveur nous rappelle aussi les différentes origines de la house moderne, du jazz à la musique africaine -et c’est surement un des éléments les plus appréciables de ce vinyle.

Comme le dit Jerome Sydenham lui-même :

« Study the History of music, know the underground before you know the overground»

« étudie l’histoire de la musique, connaît le fond avant la surface »

Liens :

Discogs

Ibadan records website

► Interviews :

Chronique réalisée par Sanche

Enfin, on ne peut que vous conseiller de nous rejoindre le vendredi 13 novembre {jour de chance vous en conviendrez} pour constater par vous même toute l’étendue du talent de monsieur Jerome Sydenham mais aussi de Tijo Aimé, de Dusty Fingers et Baastel de la Dure Vie Family pour une soirée au Djoon qui sera sans aucun doute inoubliable !

FB Dure Vie invite Jerome Sydenham Tijo Aime Dusty Fingers Baastel DJOON Paris Vendredi 13 Novembre 2015