Photo à la une © Maxime Pillet 

Samedi dernier avait lieu la grande ouverture du nouveau spot éphémère de l’équipe de Concrete, Dehors Brut. Après plusieurs semaines de teasing, le constat est là : tout qualificatif de lieu écarté, c’est une véritable arène de fête qui va y battre son plein. 

« Ceci n’est pas un after. Ceci n’est pas une warehouse. Ceci n’est pas club. Ceci n’est pas un festival. Ceci n’est pas une rave. Ceci n’est pas un open-air. » Depuis plusieurs semaines et après l’annonce de la fermeture de sa grande sœur mythique Concrete, Dehors Brut était le centre de toutes les attentions et de toutes les fantasmagories, prisme d’une communication à intrigue ou d’un polar à tiroirs dont la fin serait forcément heureuse. 

Ils sont déjà très nombreux à se presser dans la file d’attente, dès 22h30, ce samedi 27 juillet. Face au 20-22 boulevard Poniatowski, dans le 12ème arrondissement, la vaste entrée de la friche n’a en effet pas le visage d’une devanture de club. Qu’ils viennent de Cour Saint-Emilion à gauche, de Porte de Charenton à droite ou de la station de tramway Baron Le Roy juste en face, le vaste boulevard, d’ordinaire arpenté par les voitures qui sortent du périphérique, devient soudain le chef-lieu des clubbeurs parisiens qui courent presque d’impatience. L’apéro sacré des appartements s’écourte pour se prolonger dans la queue (on ne va pas se mentir, d’habitude, le point d’orgue est à 1h), et les âmes s’échauffent. Un opening, ça n’arrive pas tous les jours, et ça se sent. 

« Il se passe quelque chose »

Quelques heures avant l’ouverture encore, le pari n’était pas gagné. Si la pluie était prévue pour tomber toute la nuit, le ciel est clair. L’ouverture officielle prévue à 18h est elle repoussée à 20h, car même si le chantier est en cours depuis plusieurs semaines, la tâche est colossale. « Nos équipes exécutent un vrai challenge technique sous la canicule, la pluie et le stress depuis deux semaines pour vous transformer un terrain vague brut en véritable lieu de fête.« , prévient l’organisation. C’est peut-être le sentiment qui anime tout le monde : après avoir été le bastion des premières fêtes parisiennes, Concrete n’a pas le temps d’être en deuil qu’elle doit déjà renaître. Sans décevoir, sans être comparée, voire faire mieux. 

© Maxime Pillet 

On y est : après la porte, une seconde file en hélix retient un court instant les premiers pas dans le festival. Euh… la friche. Car Dehors Brut n’est pas un festival, mais il en a tous les attraits : un immense espace de 5000m2 à ciel ouvert se déploie, et si la conformité du lieu n’est pas une première pour les habitués de terrains bruts, warehouses et autres open air éphémères, Dehors Brut, lui, doit convaincre.

Concrete est mort, Vive Dehors Brut 

Construit sur des anciens rails de la SNCF, les quelques mètres qui séparent du dancefloor sont l’ultime effort avant d’accéder au vif du sujet. Oubliez les talons à moins de vous fouler une cheville en chemin. Sous un immense toit de bois et de béton, quatre boules disco massives trônent au milieu des dizaines et dizaines d’enceintes perchées au-dessus des têtes des danseurs. Ce système de multi-diffusion sous forme de douche sonore sera le Graal de toute une nuit, où le mot « liberté » prend tout son sens. Et si notre réflexe aurait été de foncer tout droit jusqu’au premier rang, il n’en sera rien : nous passerons près de 45 minutes tout au fond de la foule, assaillis de son de la même façon que ceux qui se trouvent devant. Ce n’est pas un club. « Il se passe quelque chose ». 

© Maxime Pillet 

Outre le dancefloor, le caractère de « festival » ou « vaste open air » se vérifie encore. Autour de ce point central, trois bars et un foodtruck approvisionnent les quelques 2000 personnes qui sont déjà là avant minuit. À gauche, un immense chill out à ciel ouvert, fait canapés en palettes et de coussins bleu vif, devient une terrasse en plein air posée sur les rails, où le tout parisien y boit son pastis à 3€, sa pinte à 7€ ou son alcool fort à seulement 10€. Partout, le terrain offre de quoi se poser sans toucher le genou de son voisin. La sensation d’être confiné(e) ne viendra pas une seule fois, de toute la nuit.

Comme pour le dernier événement de Concrete, l’euphorie est unanime. Cinq jours après seulement, la sud-coréenne Park Hye Jin, qui avait déjà fait sensation lors du Weather Festival organisé par la même équipe, fait renaître les déçus et nostalgiques en livrant un set à envolées entre house et garage. Le pic arrivera vers 2h du matin, lorsque le résident de (feu) Concrete, Leo Pol, lancera son hymne « À samedi prochain Chantal« . Sur un air de défi mais avec l’avenir déjà tout tracé, le message passe : à samedi prochain, à celui d’après, et à tous les suivants. C’est fait. Jusqu’à 8 heures du matin, les deux co-fondateurs de La Chinerie, G’Boï et Jean-Mi, enchaîneront avec une sélection aussi qualitative que surprenante, en passant du rap à côté du gabber, du reggae à côté du disco. Comme pour prévenir que tout l’été, Dehors Brut brossera tous les genres et tous les styles, sans limite. 

Brice Coudert, son programmateur, assis sur une chaise et le sourire timide aux lèvres, nous confiera : « On l’a fait. » Oui Brice, il s’est passé quelque chose. Et même si au lendemain les fâchés, mécontents et insatisfaits toquent à la porte, on reviendra, encore et encore.

Dehors Brut sera ouvert tout l’été et jusqu’à fin octobre. Retrouvez tous les événements sur la page Facebook