Photo à la une © Martopitek

Ce samedi 16 janvier, à 12h, plusieurs collectifs, artistes et professionne.le.s du secteur de la culture et des musiques électroniques, mené par l’Union des collectifs festifs LGBT, s’étaient affiliés à la manifestation contre la loi Sécurité Globale dans plusieurs villes de France, et notamment à Paris. Sur place, ce qui aurait dû être une marche revendicative et pacifiste pour alerter sur tout un secteur toujours à l’arrêt face à la crise sanitaire s’est trouvée réprimée par la préfecture de Paris, baptisée de « rave party illégale » par le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin. Voici leur réponse et le déroulé des faits dans un communiqué officiel. 

S’ILS EN ONT MARRE DE NOUS ENTENDRE, ALORS QU’ILS NOUS ÉCOUTENT !

Samedi 16 janvier, de très nombreux collectifs d’organisateur.trices de soirées, de raves et de free parties ont rejoint la Marche des Libertés parisienne contre la loi de sécurité globale, contre le fichage de la population, pour le droit à la culture et pour soutenir les inculpés de la Maskarade.

Notre participation à la manifestation a été largement réfrénée par les décisions de la préfecture de Paris. L’accès au cortège a été interdit à nos véhicules sonorisés, qui visaient à porter nos revendications. 

Accusé.es d’organiser une rave party, les conducteur.trices des véhicules ont été retenus au commissariat et sont mis en cause pour agression sonore.  Nos camions et notre matériel ont été saisis.

Nous avions pourtant travaillé en coordination avec les collectifs organisant la Marche des Libertés pour pouvoir exercer notre droit de manifester dans des conditions optimales pour tout.es. Nous avions tout.es une volonté forte de créer un espace où les paroles de chacun.e puissent être diffusées largement.

Lors des dernières manifestations contre la sécurité globale, plusieurs véhicules issus du monde de la free party, légers et lourds, ont défilé pour la défense des libertés. Les déclarations en préfecture ne mentionnaient ni les numéros d’immatriculation des véhicules ni leur nombre précis. Par ailleurs, alors que la préfecture avait été prévenue directement par l’organisation que d’autres chars que les véhicules syndicaux allaient se joindre à la manifestation, elle n’a jamais repris contact avec les déclarant.es pour demander plus de précisions.

L’ensemble des collectifs de la Marche des Libertés  ont constaté des relations compliquées avec les forces de l’ordre dès ce matin lors de l’arrivée des véhicules dans le 12ème arrondissement. Seuls les véhicules d’organisations syndicales ont pu rejoindre la place Felix Eboué et former le cortège. Les véhicules revendicatifs issus du monde de la culture électronique ont été mis directement à l’écart de la manifestation et dispersés dans les rues adjacentes.

La préfecture nous a alors signifié que l’accès au cortège pour nos véhicules sonorisés serait interdit puisque, selon Mr le Préfet, notre musique ne correspondrait pas au style habituel des manifestations. Une décision discriminatoire, mais surtout illégale, de la Préfecture de Paris visant à nous ostraciser en nous parquant hors du cortège sous des prétextes fallacieux.

Au vu de l’impossibilité de rejoindre la Marche des Libertés et malgré la volonté évidente de nous invisibiliser, nous avons tenté de diffuser nos prises de parole et musiques. Une nasse s’est alors formée autour des manifestant.es. De nombreux élu.es, avocat.es, ou même des artistes renommé.es, tentèrent en vain de faire cesser cette entrave à la liberté de manifester… Alors qu’un concert acoustique avait lieu sereinement sur le dernier camion, le temps de démonter les sonos, les forces de l’ordre ont chargé violemment. 

Un agent est monté sur le camion où avait lieu le concert au moment de la charge pour frapper les musicien.nes et briser les instruments de musique. Dans les secondes suivantes, il fût rejoint par ses collègues qui laissèrent libre expression à la violence terrifiante des coups de poings, de pied, de matraques, allègrement distribués.

Le chaos régnera ensuite sur ce qui fût pendant quelques heures un lieu de revendication, de fête et de libre expression de la culture. Des dizaines de CRS, de GM et de BRAV-M ont alors dispersé les manifestant.es à grand renfort de tirs de LBD, de GLI-F4 et de grenades lacrymogènes. Les seules tentatives de riposte seront des boules de neige. Un contraste illustrant clairement la disproportion des moyens répressifs employés.
Fort heureusement, la loi de sécurité globale n’étant pas encore en application, nous pourrons fournir toutes les vidéos attestant nos dires…
Après les charges ultra-violentes des forces de l’ordre pour disperser notre rassemblement, nos camions furent saisis. Les conducteur.trices ont été escorté.es jusqu’au commissariat du XIIIème arrondissement et accusé.es d’agression sonore. Ils et elles seront auditionné.es lundi.

Pour rappel le délit d’agression sonore est un délit caractérisé par deux critères qui sont l’intention de nuire et la répétition de l’acte en cause, ce qui n’est évidemment pas le cas ici. Ce délit est puni par une peine très lourde, jusqu’à un an de prison et 15 000€ d’amende.

Pour justifier cette atteinte flagrante aux libertés individuelles, la préfecture a prétendu publiquement avoir arrêté une « rave party en marge de la manifestation ». Termes aussitôt repris par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en félicitant son préfet, Didier Lallement, pour cet acte de bravoure. Ce terme est inacceptable, malgré notre fervente volonté de défendre le principe de fête libre. Nous étions présent.es le 16 janvier à Paris pour nous exprimer, défendre nos libertés et représenter notre culture. Notre cortège faisait part entière de la manifestation.
Nous manifestons avec notre mode d’expression qu’est la musique électronique et c’est notre droit, pas un crime !

Nous ne sommes pas que des « raver.euses ». Nous sommes avant tout des personnes à part entière, issues de toutes classes, de tous genre et de toutes origines, avec leurs propres opinions et leurs propres idées. Artisan.nes, artistes, technicien.nes, ouvrier.es, cadres, précaires, commerçant.es, avocat.es, entrepreneur.euses, militant.es, fonctionnaires, chômeur.euses, ou même élu.es.

CES TENTATIVES D’OMERTA AUTOUR DE NOS REVENDICATIONS ET DE LEURS FORMES D’EXPRESSION DOIVENT CESSER, CAR, DANS LE CAS CONTRAIRE, NOUS SERONS DE PLUS EN PLUS NOMBREUX.SES A NOUS FAIRE ENTENDRE.