À une époque où les soirées se formalisent, tant dans la communication que dans ses visuels ou son public, certains n’hésitent pas à arborer fièrement de nouveaux visages. Bisenesse, nouvelle venue des soirées lilloises s’insurge en cassant ou en se réappropriant ces codes, pour mieux les déconstruire. Rencontre avec l’équipe.

Né d’une rencontre sur les bancs de la fac, l’avancée vers la vie d’adulte, et donc professionnelle leur inspire leur propre structure : « Bisenesse, la start-up la plus pétée des orgas lilloises ». Telle est l’ambition qui anime les cinq instigateurs d’un projet visant à amener la décomplexion à une époque où chacun est de plus en plus tendu dans son rapport avec le travail et la vie d’adultes. Un monde de conflits et de confrontations auxquelles nos joyeux lurons se sont eux-mêmes cassés les dents.

Mais Bisenesse est une continuité, une renaissance d’un adolescent devenu adulte, Mat Trang, qui aura animé par sa fougue et son innocence, donné un coup de fraicheur aux nuits lilloises au cours des dernières années.

Mat Trang – La fraîcheur de la liberté

Au départ : une envie de faire la teuf et amener de la fraîcheur à Lille, l’histoire démarre le 19 décembre 2015 à 22h. Un entrepôt vide, un énorme système son, 600 personne avec un projet : la teuf. C’est la nuit de l’Une, celle qui lancera l’équipe. La première est alors un grand succès, pour une équipe encore inexistante sur le sol lillois. qui les amène à pousser la différenciation dans un clubbing très cloisonné à Lille et ses alentours.

« Mat Trang, c’est l’ambition d’organiser des évènements festifs, à toute heure et tout endroit, légaux ou moins, dans une ambiance libérée, décontrat’, bon enfant. » Cependant, les comparses ne s’arrêtent pas là, et contribuent à leur échelle, à avoir un impact, en faisant vivre d’autres projets qui donne du sens à ce projet de fêtes. Ils se lancent donc avec un but supplémentaire : celui de la collecte de dons pour des associations caritatives lilloises.

S’en suivent L’Une et L’Une-DEUX, deux soirées caritatives en warehouse, et les BOUMs, un concept qui amène un peu plus de chaleur et d’humanité à petit prix dans les clubs lillois. Des collaborations et autres projets éphémères naissent durant 2 ans avec le tissu lillois, mêlant musiques, rires, associatifs et caritatifs.

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Débarqué de nulle part en pleine rentrée, un nouvel arrivé point le bout de son nez, avec un savant mélange d’humour et de désappointement, un zeste d’ironie, et un soupçon de curiosité. Une vidéo : Bisenesse Plan vient marquer la renaissance de Mat Trang après un an d’absence.

Mat a grandi et laisse place à une entité en forme de miroir, qui nous questionne sur les codes formalisés de nos vies de tous les jours comme de la fête. « Bisenesse, c’est un projet ironique dans sa communication, calqué sur un monde à l’opposé des évènements qu’on a envie de proposer. » C’est le moins que l’on puisse dire, en témoigne les retours et les nombreux messages de soutiens reçus depuis. « Ça repose sur l’envie de pirater le type de comm’ dont on est inondé actuellement : les discours corporate, les vidéos d’entreprise, les démos produit, et la pub d’une manière générale… »

Cette réincarnation s’opère dans le paradoxe même de la fête, celui qui oppose encore trop le monde de la nuit et la vie au jour le jour. Ces soirées où chacun est rassemblé pour ne faire plus qu’un avec son voisin ou sa voisine sur le dancefloor, où les préjugés et uniformes tendent à s’effacer pour favoriser la mixité et le mélange. Et de l’autre côté, la normalisation et la perte de repères dans une confrontation avec le monde du travail, où le plaisir est relégué derrière la nécessité, où la compétition contre son prochain est de mise. Un ennui marqué, où « sortir de sa zone de confort » est devenu l’argument massue pour exciter les cerveaux ramollis.fiche_poste_bisenesse

Le sens de la fête

Là est la singularité des projets de cette équipe au lancement de Mat Trang : s’affranchir des codes qui normalisent peu à peu nos soirées, en ramenant de la fraicheur et de création dans un espace de plus de plus soumis à des règles préétablies et cruel manque de saveurs. Comparable à une forme d’adolescence en quête de nouveauté, les projets se personnifient autour d’une personne, Mat’. En personnifiant, c’est aussi le moyen de faire s’effacer l’individuel porté par chaque membre, pour faire émerger un esprit de collectif.. Un souhait qui n’est pas d’affirmer une différence à tout prix, mais de revenir à des plaisirs plus enfantins.

Mat Trang est un idéaliste, avec une volonté de liberté dans ses choix, dans son impact auprès de son public, dans sa quête de repousser les limites de la légalité, etc. Une personne portée par un idéal de sens, celui de pouvoir partager, mais aussi de donner.

Bisenesse est aujourd’hui un porte-voix affiché de l’ennui et de l’ironie de l’âge adulte. Et ce dès sa communication. « La pub ennuie tout le monde et on ajoute de toute façon notre pierre à l’édifice de l’ennui international en communiquant aussi. » Pourtant ce sont ses mêmes codes qui affichent l’ambition du projet « on aime quand la communication d’un projet est décalée et répond à son propre univers. ». Une forme de maturité teintée d’humour. Le fantasme n’est pas dans la revendication d’être de « niche », ou « underground » et autres qualificatifs propres aux milieux des soirées. C’est de là que leur vient l’idée d’utiliser avec ironie les codes et vocabulaires d’une startup, nouveau langage symbolique du travail, qui leur apparaît comme antinomique aux contextes festifs.

Ce à quoi ils ajoutent « passé la blague, ça nous questionne sur le fait que le milieu des teufs soit aujourdhui en grande partie quelque chose de très commercial, dépendant dune économie bien développée », mais où les nouvelles idées, innovations et startups semblent pouvoir trouver leur place dans cette grande messe, pour en faire tourner les rouages. Comme en témoignent leurs sessions de recrutements.

Point vision 2022 : In Bisenesse We Trust

Durant cette montée en puissance, Bisenesse envisage des événements en soirée ou en journée, accessible à grand renfort d’artistes locaux ou internationaux. Leur souhait est de garder l’accent sur la bonne ambiance et l’artistique, en témoigne les esquisses de leurs premiers plans de communications : copier les codes du corporate tout en y intégrant l’esprit bonne teuf façon Bisenesse. Quand on leur demande quels sont leurs projets à venir, on nous répond avoir “une liste d’artistes à inviter longue comme les panama papers”. Pas mal !

Les influences musicales de ce projet sont nombreuses : “on souhaite propager la musique et les artistes qu’on aime, pour les genres à citer, il n’y en a qu’un : la bonne musique ». Côté artistes, Bisenesse a choisi de changer la formule Mat Trang qui consistait à ne faire jouer que la scène locale. À celle ci s’ajouteront des noms plus ou moins connus venant de l’étranger !

 

Pour lancer leur levée de fonds, les acolytes invitent donc ce samedi David Vunk pour leur soirée Import / Export.

Et pour la suite de leurs aventures, toutes les infos sont ici. Une chose est sûre : longue vie à Bisenesse !