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Après une première conférence sur la genèse de la house et de la techno, le collectif B2B a réinvesti les murs Science Po Paris pour un temps de parole sur les mutations que connaît le mouvement techno en matière de politique culturelle.

Si il y a trente ans la techno était perçue comme une musique marginale, elle connaît, en France, depuis quelques années un regain où les clivages se dissipent. C’est en tout cas ce que laisse penser l’existence même d’une conférence sur la musique électronique dans un amphithéâtre comble de Sciences Po un mercredi soir à 19 heures.  À l’origine de l’événement, l’association B2B (http://www.b2bmusic.com/) dont le projet initial est avant tout radiophonique a su déployer ses forces avec brio dans cette organisation.

Un instant prolifique que l’on vous propose de revivre en cinq temps forts. Autour de la table, cinq invités de renom ont répondu présent pour ce moment de réflexion en faveur de la paroisse technoïde : Jean-Yves Leloup (journaliste et auteur de Digital Magma, de Global Techno et de La Musique Electronique), Tommy Vaudrecrane (président de l’association Technopol), Manu Le Malin, Cabanne et Mathieu Guillien (auteur de La Techno Minimale) en charge de l’animation de la conférence. Un instant prolifique que l’on vous propose de revivre en cinq temps forts.

 

La valeur politique de la Techno en France

Il faut remonter dans les années 90 pour comprendre le message véhiculé par la techno. À cette période, les raves party apparues en Angleterre et en France subissent leurs lots de répressions par les institutions. C’est de cette façon que les membres actifs du mouvement des « free » décident de faire valoir leurs droits et de revendiquer le fait de pouvoir faire la fête et de partager de la musique autrement. Selon Tommy Vaudrecrane ce qui a créé cette assimilation à la politique c’est avant tout le côté interdit : « Au départ, il s’agissait surtout d’une énergie, de réunion entre les gens, de diversité et d’un espace de liberté différent de ce qui était proposé avant ». Plus on avance dans les années plus on s’aperçoit que ces évènements sont institutionnalisés mais qu’ils conservent paradoxalement une image de rassemblements rebelles. La fête apporte souvent du désordre mais ce n’est pas spécifique aux événements de musiques électroniques. Pour éclairer cette idée, Jean-Yves Leloup donne l’exemple des férias qu’il décrit comme « des moments de lâcher prise et de courtes phases de rébellions plus ou moins acceptées par la société. ». Pour Manu Le Malin, le message est resté le même vingt ans après ses débuts : « C’est quelque chose d’ouvert à tout le monde et on peut faire à peu près ce que l’on veut sans faire craindre le regard de l’autre ».

 

Vers un nouveau business-model ?

On ne vous apprendra rien si on vous dit que la distribution de subventions au service de projets culturels se rigidifie. Mais lorsque l’on regarde dans les pays environnants, notamment ceux qui ont vu naître la techno on s’aperçoit qu’ils ont souvent un train d’avance qui ne concerne pas seulement la musique électronique… À titre d’exemple Tommy Vaudecrane donne un chiffre pour le moins significatif : la Hollande compte 16 millions d’habitants, 720 festivals qui drainent en moyenne 22 millions de personnes, la France compte 3000 festivals pour seulement quelques millions de festivaliers. Une politique de la culture subventionnée et une réglementation encore trop lourde ont probablement leurs rôles à jouer dans ce retard. C’est aussi ce qui explique l’inhibition de certains gros promoteurs à s’implanter dans un pays où le sponsoring n’est pas encore totalement démocratisé et où le mot « business » s’accorde difficilement à la culture. Les solutions pour sortir de ce système économique gelé se trouvent donc peut être chez nos pays voisins.

 

La nécessité de reconnaître le statut de DJ

La reconnaissance du DJ en tant que musicien reste un sujet central dans l’évolution de la musique électronique en France. En trente ans, le statut de « DJ » a fini par être intégré dans des conventions collectives ce qui permet aujourd’hui d’être embauché et de cotiser comme un réel salarié. Mais la lutte pour la reconnaissance de la profession a encore du chemin à faire… La SPEDIDAM (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes) refuse pour le moment de subventionner les DJ’s parce qu’elle ne les considère pas comme des musiciens. Selon Cabanne cette situation impose aux DJ’s, qui n’obtiennent pas leurs statuts, à être intermittent du spectacle et à reverser une partie importante de leurs salaires à l’Etat. Ce constat d’une législation peu soucieuse de la rémunération des DJ’s n’est d’ailleurs pas le seul problème pour les musiciens électroniques qui éprouvent souvent des difficultés à lancer leurs labels et les projets parallèles à la production.

 

De la culture underground au maintstream

Pour expliquer ce glissement de terrain une première supposition amène à penser que la musique électronique, souvent rattachée à la cyberculture, s’est emparée du web et des réseaux de manière plus intuitive que d’autres styles de musique. Lorsqu’on interroge Manu Le Malin sur la définition de l’underground, il explique que c’est avant tout une histoire de passion pour des artistes, d’âges et d’horizons divers, qui vivent pour leur musique jour et nuit. Selon Jean-Yves Leloup, la transition d’une musique underground vers l’overground ou le mainstream s’inscrit dans une dimension cyclique ou les genres musicaux se retrouvent en sourdine pendant un certain temps. Il poursuit en soulignant que la musique électronique est née dans un contexte historique où les personnes qui ont participé à son émergence ont fait table rase du passé pour pouvoir proposer de nouveaux imaginaires et de nouvelles formes esthétiques.

 

Un nouvel âge d’or parisien ?

Une chose est sûre : la deuxième édition du Weather Festival aura marqué les esprits. Avec près de 35 000 festivaliers et une programmation dantesque qui a su allier les vétérans aux jeunes pousses de la house et de la techno, le bébé de la team Concrete semble avoir tous les apparats d’un festival d’envergure internationale. Mais au delà de ce projet ambitieux monté avec peu de subvention, d’autres petites initiatives comme celles de Cracki Records sont venues soutenir ce que l’on commence à appeler « le nouvel âge d’or parisien ». En effet, il semble y avoir à la capitale une certaine effervescence de la culture techno. Pour Manu Le Malin cette synergie entre la nouvelle scène underground et l’ancienne ne se limite pas à Paris et se constate aussi dans d’autres villes de France mais aussi en Allemagne. Il s’agit d’après lui d’une rencontre entre deux générations : celle qui a inauguré le mouvement techno et sa relève.

by VIRNA DIANE

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