Chineurs de House, de Techno… Cela vous dit sûrement quelque chose… Et pour cause : ces groupes de social digging ont de plus en plus de succès sur vos fils d’actualité !

Mais qu’est-ce exactement ? Pour répondre à cette question, Dure Vie a interrogé les créateurs : Quentin et Anthony ainsi que Vince, membre actif de la communauté !

 

Dure Vie : La Chinerie, c’est quoi ?

Quentin et Anthony : La Chinerie, en fait, c’est un peu comme un parti politique qui milite pour l’esprit de découverte musicale. On a commencé par des groupes Facebook d’études de genre musicaux : house, techno, rap et jazz/blues/soul/funk etc. Et pour donner un sens commun à tous ces groupes on a décidé de créer La Chinerie, un collectif qui représente les chineurs mais qui est aussi un promoteur de soirées et depuis peu un label avec la sortie de notre premier vinyle.

 

DV : Comment vous est venue l’idée de créer ça ?

Q&A : À la base, on voulait rencontrer des lyonnais qui étaient dans le même délire que nous : la vieille house des années 90’s. Mais le groupe Chineurs de House, crée en septembre 2014, a rapidement pris une ampleur qu’on imaginait pas et on a décidé de continuer le projet de manière plus approfondie !

 

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DV : Quelques mots sur la naissance et les premiers pas du groupe ?

Q&A : Les débuts c’étaient ce qu’il y avait de plus intéressant en terme de découverte musicale car on était peu nombreux et on avait réussi à attirer de très bons diggers de house. L’ambiance était magique on savait qu’on était lancé sur un très beau projet mais on ne savait pas trop encore quoi et il y avait cet espèce d’esprit « constructeur » qui régnait parmi les membres, l’envie de faire quelque chose de bien. Aujourd’hui il y a toujours une bonne ambiance mais avec presque 20 000 membres c’est forcément plus pareil.

DV : À quel moment avez pris conscience de l’ampleur qu’avait pris La Chinerie ?

Q&A : Quand on a vu que Jeremy Underground était sur le groupe ! Bon il est parti depuis, je crois qu’on l’a trop saoulé le pauvre on le taguait tout le temps !  Il avait même reposté une de nos vidéos où on faisait les cons sur True Force de SE62 !

 

DV : Quel avenir vous imaginez pour le label?

Q&A : Le jacuzzi et les bitches ! Non, on va déjà développer tous nos sous-labels (House, Techno, Rap et Origines – avec la réédition de titres rares -) ce sera déjà une bonne chose, on va continuer les soirées et essayer toujours et encore de développer des petits concepts originaux et si possible innovants. 

 

 

Rencontre avec Vince, chineur de House

 

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Dure Vie :  Tu peux te présenter un peu ?

Vince : Je m’appelle Vincent Hardy, je viens de Lyon, à la base, c’est comme ça que j’ai rencontré Quentin et Anthony (fondateurs de la Chinerie). Après je suis parti aux Etats-Unis pendant 6 mois, j’ai eu la chance d’aller à Chicago et Détroit pour ramener des disques, et rencontrer un peu des acteurs de la scène locale. Au moment où j’étais aux Etats-Unis, je faisais déjà partie des chineurs mais comme c’était seulement par les groupes Facebook même en étant à distance je pouvais m’en occuper. Et quand je suis rentré, j’ai continué et puis là, je suis arrivé sur Paris cet été, et depuis septembre je me suis occupé de Chineurs de Paname, qui est la branche locale. Enfin c’est les chineurs mais dans la vraie vie, c’est-à-dire que ce qu’on fait sur le groupe on le fait en apéro, on diggue ensemble, on passe des disques et on se rend compte qu’on crée du lien. Ça fait pas très très longtemps au final que j’écoute vraiment de la musique house et compagnie, ça doit faire 3 ou 4 ans je pense. Ça fait 2 ans que j’écoute quasiment plus de techno, j’en écoute encore mais c’est vraiment par période. À la base je suis sur Chineur de House.

 

DV : Comment tu as connu Quentin et Anthony ?

Vince : C’était par le groupe, c’est à dire que j’étais hyperactif au tout début quand on était genre 400, c’était pas exactement la même ambiance, c’était beaucoup plus convivial, et en fait moi je voulais aller voir Moodyman à Lyon, sauf que tous mes potes l’avaient vu à Dour et avaient pas du tout aimé ce qu’il avait fait (apparemment il était un peu arraché), il prenait beaucoup le micro… Moodyman quoi ! Je voulais absolument le voir, donc j’ai pris ma place, en me disant je vais y aller tout seul, comme j’irai à un concert. Et en fait Antonhy et Courel (Quentin) ont proposé un apéro chez eux à tous ceux qui voulaient voir Moodyman après. Donc je suis passé chez le disquaire, j’ai acheté quatre disques à un euro, et je me suis pointé en mode « merci les gars de m’accueillir » et puis finalement, j’ai quand même passé ma soirée avec les deux loustics à discuter, à danser et le courant est bien passé. C’est vrai que quelques jours après, en décembre 2014, ils proposaient de rentrer sur Chineurs de House parce que déjà à l’époque ça montait beaucoup.

 

DV : Tu as eu quoi comme rôle ?

Vince : Donc simplement administrateur du groupe, ça consistait à filtrer chaque jours des tracks, j’ai fait ça pendant plus d’un an et demi, maintenant je fais autre chose parce que ça t’oblige à te connecter tout le temps sur Facebook,  c’est beaucoup de rigueur parce qu’on ne voulait pas faire passer trop de tracks (environ 15 par jour). Il fallait se coordonner en permanence avec les autres administrateurs, faire attention qu’il n’y ait pas de repost. Dans une même journée… Si on a posté beaucoup de deep house, il fallait aussi penser à mettre des touches de disco… Il faut essayer un peu de satisfaire tout le monde  tout en gardant la qualité. Avant, je digguais au moins 2 heures par jour, tous les jours, c’est une certaine discipline à avoir, et c’est vrai que maintenant je suis passé complètement sur vinyles et je diggue de moins en moins sur Internet, ou alors c’est pour acheter des vinyles. Ça me permet de plus me perdre en fait, parce qu’en digguant 2 heures par jour, tu récupères des tracks tous les jours, tu fais des dossier, et après tu oublies, tu t’y perds. Là je connais pas forcément toujours le noms des vinyles mais je vois la pochette et je sais ce qu’il y a dessus, enfin presque !

 

DV : Vous êtes combien dans la Chinerie ?

V : On est une grosse quarantaine dans La Chinerie. Il y a chineurs de House, de Rap, de Techno et  des Origines. Mais l’équipe a un peu changé, parce qu’on s’occupe tous de choses un peu différentes, ou d’autres qui en ont eu marre d’être tout le temps sur Facebook, donc là c’est une nouvelle équipe qui administre pour garder la motivation intacte et faire le travail vraiment correctement quoi.

 

DV : Comment tu es rentré dans le groupe des chineurs ?

V : En fait on a un pote commun avec Quentin, et par ce biais, c’est vrai qu’il m’a parlé du groupe. Il m’a mis dans le groupe, et ce que j’ai bien aimé c’est que c’était une petite communauté en fait, c’était une petite famille déjà. Aussitôt que je me suis mis sur le groupe je me suis mis à parler avec plein de gens avec qui j’avais jamais parlé avant, et avec qui je pouvais enfin parler de ce que je partageais vraiment.

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DV : Ça t’a apporté quoi au niveau des rencontres ?

V : C’est un truc de fou, déjà il y a des admins qui sont devenus vraiment des super potes. En fait on avait une conversation commune sur fb, où tous les jours on parlait, on se montrait les disques qu’on avait acheté, on se disait des conneries, autant on parlait du groupe mais on parlait aussi de tout et de rien et on a vraiment appris à se connaître comme ça, et à force de se voir de temps en temps sur Paris et compagnie… Et après il y a évidemment des membres de la communauté avec qui je parle hyper souvent et que je rencontre régulièrement.

 

DV : Ca t’a apporté des projets professionnels ?

V : C’est marrant que tu me dises ça, parce que j’arrive à la fin de mes études, de mon stage… Et plus ça va, plus je me pose la question de bosser dans la musique en gardant en tête que c’est compliqué d’en vivre. J’essaie d’y mettre un pied petit à petit. Là je file un coup de main au label Skylax, à Joseph, pour sa communication, pour la Confiserie tout ça… Parce que c’est un lieu qui a été repris en septembre dernier, le système son a été refait, les samedi les line-up sont très bons. Je m’entends très bien avec Joseph que j’ai rencontré pour bosser sur Chineurs de Paname, et depuis de fil en aiguille, voilà je lui file un petit coup de main. Tout ce qui est direction artistique m’intéresse beaucoup, ne serait-ce que repérer des artistes, comme on a un peu pu faire avec Chineurs de House. Je suis toujours content quand il y en a qui nous remercient parce qu’ils ont découvert tel artiste ou tel label. Et ce qui est bien c’est que eux ils apprennent de nous, mais nous on apprend carrément d’eux aussi en fait. On apprend tous les uns des autres. C’est un vrai échange, et on a tendance à étouffer un peu les comportements snobes du style « Quoi tu connais pas ce classique ?! ». C’est une histoire d’humilité et de curiosité.

 

DV : Comment tu définirais un bon chineur alors ?

V : Justement, c’est quelqu’un de humble, qui va pas se la péter, et quelqu’un de curieux. C’est à dire que quand il découvre un artiste qu’il aime bien, au lieu de continuer à juste écouter ses sons et à l’aimer, il va aller voir ce que fais cet artiste dans d’autres labels, ou dans le même label, etc, ou quand il va écouter un set, au lieu de juste choper un son qu’il aime bien, il va en chopper 2 ou 3 autres qu’il aime aussi. C’est pas quelqu’un qui va juste se rendre sur le groupe Weather ou sur le groupe Chineurs et qui va regarder ce qu’il y a, prendre ce qu’il y a. C’est quelqu’un qui va vraiment avoir une démarche personnelle, active, soit d’aller chez le disquaire, soit d’aller sur Internet… De toute façon c’est facile, tu pars d’un son que t’aimes bien, après tu vas sur Youtube, puis tu regardes un peu les suggestions, tu navigues, quand c’est pas bien tu reviens en arrière… Dans le digging il y a beaucoup de hasard aussi, des fois tu t’y attends pas et pouf, tu tombes sur un truc magique, alors que des fois tu passes 3h à écouter que de la merde aussi. Ca fait partie du jeu quoi.

 

DV : Comment tu t’y prends toi pour trouver des pépites ?

V : Je vais chez mon disquaire et puis je regarde les bacs, par labels, par artistes, et des fois juste la pochette m’inspire, où il y a ce petit macaron blanc avec rien du tout un peu mystérieux, et du coup je vais regarder. Et je fais toujours une deuxième écoute de ce que j’ai présélectionné. Je vais beaucoup sur Decks, Deejay, Juno, les sites un peu en ligne, où j’écoute les previews et je vois ce qui me plait. Et sinon Youtube, il y a vraiment beaucoup beaucoup de tracks. Et bien évidemment je vais sur Discogs, mais là il faut faire attention avec les frais de port ça chiffre très vite !

 

DV : Quelle place ça prend dans ton quotidien ?

V : Disons que si j’écoute pas de musique dans la journée, je suis pas bien. Vraiment. Donc ça occupe une place centrale. Les Chineurs ça occupe une grosse place, mais plus généralement la musique quoi. C’est à dire que je mixe au minimum tous les jours. Ça m’arrive même d’être un peu mordu, des fois entre le petit déj et la douche avant d’aller au boulot, de me passer 3 ou 4 disques en transition hyper rapide quoi. Parce que je pense à rien, ça me détend. C’est ce qui me fait vibrer. Puis je parle avec de plus en plus avec des gens, je parle souvent beaucoup de musique, donc ça prend beaucoup, beaucoup de place.

 

DV : Quels sont les lieux de rencontre entre Chineurs ?
V : On fait souvent des trucs à La Folie, dans le 20ème, c’est un bar qui est très sympa, qui a un bon système son, qui est assez grand, qui pendant l’été va être très très cool parce qu’il y aura une super terrasse, et ils ont une rane, c’est une espèce de rotary, mixeur à 3000 balles qui est juste fantastique. Donc on se retrouve là-bas, pour passer des disques, chacun notre tour, mais c’est pas en mode on mixe, si tu sais pas faire ta transition c’est pas grave, tu envoies comme ça, sans transition, et du coup après nous on retranscris le lendemain la playlist de la soirée. Ca permet aux gens qui ont aimé un son de le retrouver facilement, et pendant qu’ils sont à la soirée ils sont pas avec leur Shazam, ils auront le son dans tous les cas, du coup ils peuvent juste discuter avec les gens, parler de musique, se rencontrer… C’est le gros projet central avec Chineurs de Paname, c’est essayer de retranscrire les conversations qu’on peut avoir sur Facebook mais dans la vraie vie et de se rencontrer, parce que c’est vrai que plus de 14000 membres, c’est devenu un peu gros, et même si je devrais pas le dire je suis un des premiers à regretter que ce soit plus petit comme avant, parce que c’était plus convivial, mais de l’autre côté ça nous permet aussi de faire des choses hyper intéressantes. De toute façon notre ADN ça n’a jamais été de refuser des gens, le chineur de base il est ouvert et se doit d’intégrer les gens, donc voilà.

 

DV : Tes bons plans disquaires et sites web ?

V : Pour les disquaires, j’aime bien Synchrophone pour le neuf, je dirais aussi chez Emile à Lyon. Et je connaissais pas tant que ça mais Betino en House et en seconde main, ils ont des trucs super intéressants et ils sont super cools. Et Gramaphone à Chicago c’est une tuerie. C’est un peu l’équivalent de notre Techno Import. Sinon à Detroit, il y aussi Submerge, le shop de Underground Resistance, en gros à l’étage t’as une espèce de musée, en haut t’as un studio d’enregistrement, et en bas au sous-sol, t’as le disquaire. Ils ont peu de références mais la qualité est là. Et sur internet le mieux du mieux je trouve que c’est Deejay, puisqu’en fait même pour plus de 100 euros de commande, t’as juste 6 euros de frais de port un truc du genre, ils ont beaucoup de trucs. Sinon Juno, mais la livraison peut être un peu lente. Et Discogs bien sûr, qui est bien parce que c’est une espèce de brocante du vinyl, neuf et occasion. C’est le ebay du vinyl, particuliers comme professionnels peuvent vendre. Ce qui fait que quand tu cherches un vinyl un peu rare, sur Discogs tu vas peut-être trouver un vendeur italien, anglais, croate, américain qui l’a. Après sur ce site les frais de port peuvent vite grimper. Pour la petite anecdote, ça m’est déjà arrivé d’acheter un vinyle à New York via Discogs et de le recevoir 2 jours après. J’avais oublié que je l’avais déjà pris ! À propos de la qualité, sur Discogs il vaut mieux prendre du neuf ou presque neuf parce que du vieux ou plus vieux ça peut vite être en mauvais état. 

 

DV : Un dernier mot ?

V : Avec les chineurs on a plein d’actu qui arrivent, là, il y a la pre-release party en mars de notre Various Nation House avec les artistes qui sont dessus. Et puis pour la branche Chineurs de Paname, on fait toujours nos apéros chineurs le dernier mercredi de chaque mois ainsi que quelques events afin de faire découvrir des petits artistes qui le méritent, comme notre récente soirée au Panic Room avec Jeff Tuts de LDEP Records et Pierre Moritz de Copie Blanche.

Interview réalisée par Faustine

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